|
L'EGLISE APOSTOLIQUE ARMENIENNE PARMI LES EGLISES CHRETIENNES
Parmi les classifications usuelles des Eglises chrétiennes,
certaines sont insuffisantes, inexactes, ou nettement orientées
en faveur ou en défaveur d'une Eglise ou d'un groupe d'Eglises en particulier.
La classification la plus satisfaisante, qui est aussi celle retenue par le catholicos Garéguine Ier
et la plus largement répandue parmi les historiens et les théologiens, part
des trois orientations théologiques du christianisme que sont :
- l’orthodoxie ;
- le catholicisme (Eglise catholique romaine et Eglises
catholiques orientales nées de l'uniatisme, dont l’Eglise catholique
arménienne),
- le protestantisme (Eglises issues de la Réforme, dont
l’Eglise évangélique arménienne, et l’Eglise anglicane dont les particularités
la rendent assez proche de l’Eglise catholique).
Parmi les Eglises de tradition orthodoxe,
figurent :
- l’Eglise orthodoxe (notamment l’Eglise orthodoxe
de Grèce, l’Eglise orthodoxe de Russie et l’Eglise orthodoxe de Géorgie) ;
- l’Eglise apostolique d'Arménie (qualifiée
de « grégorienne » par ses détracteurs) ;
- l’Eglise copte orthodoxe (le qualificatif d'« orthodoxe » lui est contesté par ses détracteurs) ;
- l’Eglise orthodoxe d'Ethiopie (le qualificatif d'« orthodoxe » lui est également contesté par ses détracteurs)
et l’Eglise orthodoxe d'Erythrée qui en est issue ;
- l’Eglise orthodoxe syriaque (qualifiée de
« jacobite » par ses détracteurs) et les Eglises orthodoxe
syro-malankare (autonome) et orthodoxe malankare (autocéphale) qui en sont
issues ;
- l’Eglise apostolique assyrienne de
l’Orient (qualifiée de « nestorienne » par ses détracteurs) et
l’Eglise malabare orthodoxe (autonome) qui en dépend.
Toutes ces Eglises, géographiquement situées dans l’Orient
chrétien, sont d’une même tradition orthodoxe en ce qu’elles demeurent
entièrement fidèles à la tradition théologique et spirituelle héritée des
apôtres, des Pères de l’Eglise et des Pères du désert, dans toute sa plénitude,
que ce soit dans ses aspects liturgiques et spirituels, ou dogmatiques et
ecclésiologiques. Ces Eglises, très attachées à l’héritage de l’Eglise indivise
des premiers siècles dont elles ont une conscience aiguë, n’ont pas désiré ni
connu les développements que l’Eglise catholique et les Eglises issues de la
Réforme ont cru bon d’initier. Des divergences d’opinions, d’usages et de
traditions ont toujours existé entre les Eglises de tradition orthodoxe comme
au sein de l’Eglise indivise des premiers siècles, mais sur des points où un
accord général ne s’est pas manifesté et
qui sont considérés comme secondaires. Ces divergences n’ont jamais eu aucune
réelle consistance théologique ou spirituelle, malgré les polémiques qu’elles
ont pu entraîner, et n’ont jamais fait que « confirmer l’accord de la
foi » (saint Irénée de Lyon). La seule divergence sérieuse est d'ordre
christologique, en ce que les polémiques autour du concile de Chalcédoine
dégénérèrent en anathèmes réciproques et mirent fin à l’unité de l’Orient
chrétien.
On peut donc subdiviser les Eglises de
tradition orthodoxe de la façon suivante :
1°/ Eglise orthodoxe (chalcédonienne) ;
2°/ Eglises non-chalcédoniennes (dites encore
« pré-chalcédoniennes », « orientales anciennes » ou
« orthodoxes orientales », d’après la dénomination que leur reconnaît
l’Eglise orthodoxe russe) : les autres Eglises de tradition orthodoxe, dont l'Eglise apostolique d'Arménie.
Cette dernière subdivision est pourtant nettement
insuffisante, dans la mesure où les christologies des Eglises de tradition
orthodoxe non-chalcédoniennes ne sont pas homogènes :
- l’Eglise apostolique assyrienne
d'Orient enseigne une christologie nettement dyophysite,
même si l'accusation de « nestorianisme » doit être sérieusement reconsidérée ;
- à l'inverse, les Eglises copte orthodoxe, orthoxe d'Ethiopie, orthodoxe syriaque et apostolique d'Arménie
ont en commun l'approche christologique du concile d'Ephèse (431) et la non-réception du concile de
Chalcédoine (451), ce qui suffit à leurs détracteurs pour les considérer comme
hétérodoxes, voire hérétiques, et les qualifier en groupe de
« monophysites ». Il existe pourtant des différences réelles entre les approches christologiques de ces Eglises,
ainsi que dans les motifs qui les conduisirent à ne pas recevoir le concile de Chalcédoine. Sans entrer dans le détail,
rappelons simplement que la christologie de l'Eglise apostolique d'Arménie est caractérisée par des fondements
antiochiens (qui imprègnent notamment son Symbole de la foi) et par une interprétation
de saint Cyrille d'Alexandrie presqu'exclusivement à la lumière des Pères de l'Eglise qui lui sont antérieurs, essentiellement
les Pères cappadociens. Dans sa défense de la christologie du concile d'Ephèse, l'Eglise d'Arménie ne se référa
jamais à l'interprétation ultérieure qu'en firent Eutychès (condamné en 508), Sévère d'Antioche (condamné en 555 et 726, mais
dont la doctrine fut reçue par l'Eglise orthodoxe syriaque), Dioscore d'Alexandrie que l'Eglise copte orthodoxe fête comme saint,
ou Julien d'Halicarnasse (le julianisme, au sens d'aphtartodocétisme, fut la seule hérésie monophysite qui réussit à prospérer en Arménie ;
il fut condamné en 633 en la personne du théologien et évêque arménien, Yovhan Mayragomec’i, puis au concile de Manazkert de 726).
La situation de l'Eglise apostolique d'Arménie est sans nul doute particulière. Il ne s'agit pas
d'accentuer les divergences, mais tout simplement d'aider à la compréhension de la tradition arménienne dans toute
son authenticité. C'est pourquoi il est nécessaire de reconsidérer la présentation sans nuance
des Eglises non-chalcédoniennes, encore perçues comme un front uni par un même antichalcédonisme et
une christologie monophysite commune.
|