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LE MONACHISME
Le moine ou la moniale est essentiellement un chrétien soucieux de mettre en pratique le précepte évangélique :
"chercher le Royaume de Dieu avant toute chose".
La doctrine spirituelle dont il vit n'a rien de singulier ni d'exceptionnel : ses traits majeurs sont la primauté sur
toutes choses de la personne du Christ, l'esprit des Béatitudes pénétrant toute la vie, et la recherche d'une communion
profonde avec Dieu dans une prière aussi continuelle que possible.
Dans l'Eglise ancienne, la vie monastique était couramment appelée "la vie angélique", au sens de la participation
anticipée au nouveau monde inauguré par la résurrection du Seigneur et où l'on ne prend ni femme ni mari,
mais on est comme des anges dans le ciel (Mt 22, 30).
Le moine ou la moniale renonce à tout enracinement dans un monde qu'il sait pourtant bon, parce que créé
par Dieu, pour entrer par anticipation dans le Royaume des cieux : " Par les renoncements extérieurs,
l'ascèse corporelle et le combat spirituel incessant qu'il doit mener
au-dedans contre les pensées, c'est-à-dire les suggestions mauvaise semées par l'Adversaire, le moine revit,
fortifié par la grâce de l'Esprit-Saint, le combat rédempteur du Christ contre Satan ; avec lui, il se plonge
dans une mort vivifiante, non plus sous le signe d'une immersion rituelle, mais en faisant l'expérience réelle d'un
crucifiement quotidien. Mais avec le Christ encore, il triomphe de la mort par la mort, parce que, grâce à la présence
en son coeur de l'Esprit d'adoption, cette mort à tout ce qui est du monde devient pour lui l'expression d'une préférence
donnée à la volonté du Père et aux biens de son Royaume. Et à mesure que cette vie nouvelle prend davantage possession
de tout son être et en rectifie les tendances, le pénétrant de l'esprit des Béatitudes et le faisant participer à
l'amour universel de Dieu pour les hommes et pour toute la création, le moine accède à une contemplation qui n'est pas
spéculation intellectuelle, mais expérience intime et douce de la présence divine pénétrant la créature,
tel le Buisson de l'Horeb. " (P. Deseille)
Dans l'Eglise des trois premiers siècles, l'ascèse et la virginité furent très tôt considérées comme
une excellente préparation au martyre, mais également comme pouvant lui suppléer en sa qualité de perfection la plus haute à laquelle
puisse atteindre un disciple du Christ :
" Les vierges ont porté témoignage, non pas en subissant pendant un court moment des tortures corporelles, mais en
soutenant jusqu'au bout, sans faiblir, toute leur vie durant, le véritable combat olympique qu'est la lutte pour la chasteté.
Elles ont tenu bon devant les féroces tourments qu'exerçaient contre elles plaisir, crainte, chagrin, et tous les autres maux
que développe la méchanceté humaine, et ce sont elles qui seront récompensées les premières avant toutes les autres. " (Méthode
d'Olympe) Peu d'éléments nous sont connus sur le quotidien des vierges, et plus encore, des ascètes masculins. La prière, l'oraison
et certaines oeuvres de charité étaient au centre de l'occupation des vierges, qui menaient probablement une sorte de vie commune.
Certains ascètes masculins étaient des prédicateurs itinérants, quand d'autres se regroupaient selon des règles très souples,
leur solitude étant essentiellement intérieure et leur ascèse principalement liée à la virginité et au détachement des biens temporels.
Entre la fin du IIIe siècle et le milieu du IVe siècle, ascètes et vierges se multiplièrent, tandis que la fin des persécutions
et les accomodements de l'Eglise au monde poussèrent certains à une complète
retraite dans le désert. Le monachisme au désert apparut ainsi comme une alternative au monachisme urbain des trois premiers siècles.
Leur idéal ascétique était commun : continence, austérité de vie, charité universelle, prière continuelle. Néanmoins, le
premier était étroitement mêlé à la vie ecclésiale et liturgique (il fut notamment à l'origine des offices liturgiques des heures),
tandis que le second se caractérisait par un plus haut degré de solitude et une liturgie reposant presqu'exclusivement
sur le sacrifice eucharistique dominical. Le monachisme au désert connaît trois formes :
1°/ L'anachorétisme : solitude radicale ; l'anachorète est un ermite. La solitude complète est un élément essentiel
de l'ascèse. La réputation des anachorètes leur attire généralement des disciples, et il leur est alors difficile
d'échapper au semi-anachorétisme.
2°/ Le semi-anachorétisme : regroupement d'anachorètes autour d'un même lieu pour recevoir
l'enseignement d'un ancien, généralement sous l'autorité administrative et disciplinaire d'un abba. Leur regroupement (laure)
résulte du désir d'apprendre au contact d'un anachorète expérimenté et réputé, mais n'implique nullement la recherche
d'une vie communautaire. La solitude reste fondamentale, même si les cellules ou les grottes des semi-anachorètes sont relativement
proches les unes des autres.
3°/ Le cénobitisme : communauté monastique constituée pour mener une vie communautaire
(forme du monachisme la plus répandue de nos jours). Le cénobitisme reste une forme de
monachisme du désert, puisqu'il reprend presqu'intégralement le semi-anachorétisme ; mais il adjoint une vie communautaire
recherchée pour elle-même, sur le modèle de l'Eglise primitive de Jérusalem : mise en commun des biens, soumission et service
mutuel, et respect de règles communes destinées à organiser la vie communautaire (mais laissant à chaque moine le soin de
s'imprégner des saintes Ecritures et d'être docile à sa conscience personnelle et à l'Esprit saint). Il emprunte en outre
au monachisme urbain, dont il se distingue par une séparation franche du monde, un caractère ecclésial et liturgique
nettement plus marqué que dans le semi-anachorétisme. Apparu dès le début du IVe siècle, le cénobitisme connut un essor
considérable et supplanta un peu partout le semi-anachorétisme, notamment en Arménie.
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