LES HISTORIENS ARMENIENS (Ve - XIIIe siècles)

Koriwn (390 ? – 447)
Vie de Maštoc‘ : biographie de l’inventeur de l’alphabet arménien, cet ouvrage est l’une des sources les plus intéressantes et les plus sûres pour l’histoire arménienne du début du IVe siècle. Lui-même disciple de saint Mesrop Maštoc‘ et membre du premier groupe des traducteurs arméniens, Koriwn fut envoyé à Constantinople avec son condisciple Łewondēs pour en ramener les canons du concile d’Ephèse (431).

Łazar P‘arpec‘i (437 ? – 500 ?)
Histoire d’Arménie : ouvrage important qui relate l’histoire arménienne entre 385 et 485. Ecrivain patronné par les princes pro-byzantins de la famille des Mamikonean, ancien étudiant des écoles byzantines, Łazar est un auteur ouvertement hellénophile, dont le mépris déclaré du syriaque l’amène à en taire l’influence sur la tradition arménienne.

Agathange (gr. le porteur de la bonne nouvelle) (Ve siècle)
Cycle de récits  : collection peu homogène de récits hagiographiques dont il existe des traductions grecque, syriaque, géorgienne, arabe, latine (dite Barberini), éthiopienne et karšuni, qui témoignent de l’envergure et de l’importance de l’Agathange. Le cycle arménien connu sous le nom d’Histoire d’Arménie, qui relate la conversion de l’Arménie par saint Grégoire l’Illuminateur, date au mieux de 470, soit plus d’un siècle et demi après les évènements dont l’auteur prétend avoir été le témoin oculaire. Les recensions de la Vie de saint Grégoire sont probablement plus tardives encore. Si les historiens ont largement relevé le peu d’authenticité des détails hagiographiques et les nombreux emprunts à la Vie de Maštoc‘ composée par Koriwn juste avant le milieu du Ve siècle, ils estiment néanmoins que toute historicité ne peut être niée à l’œuvre de cet auteur arménien qui se cache derrière un pseudonyme grec.

P‘awstos Buzand [pseudo-] (ou Fauste de Byzance) (Ve siècle)
Récits épiques (ou Buzandaran Patmut‘iwnk‘): recueil de récits historiques dont seules les sections III à VI ont été conservées et qui constitue la source la plus détaillée pour l’histoire ecclésiastique arménienne du IVe siècle, spécialement pour les années 330 à 387. Le compilateur fut un clerc anonyme qui acheva son œuvre vers 470. Il est connu en français sous le nom de Fauste de Byzance, auteur purement imaginaire dont le nom provient de l’arménien buzand (conteur de récits épiques, troubadour) devenu Byzance, et auquel le prénom Fauste, de consonance grecque, a été ajoutée pour renforcer l’autorité du texte.

Ełišē [pseudo] (VIe ou VIIe siècle)
Histoire de Vardan et de la guerre des Arméniens : ouvrage qui relate la lutte du peuple arménien contre le mazdéisme perse durant la seconde moitié du Ve siècle. Traditionnellement attribué à Ełišē, disciple de Maštoc‘ et auteur de commentaires exégétiques, d’homélies et de traités, cet ouvrage ne saurait pourtant être antérieur au début du VIe siècle et pourrait avoir été composé après la révolte arménienne de 572.

Sebēos [pseudo-] (VIIe siècle)
Histoire d’Héraclius : ouvrage qui relate l’histoire arménienne entre 590 et 661 et ne traite que fort peu des faits et geste de l’empereur byzantin. Traditionnellement attribué à Sebēos qui prit part au concile de Duin de 646, il serait l’œuvre d’un membre de la communauté de l’église Hŕip‘simē, nommé Xosrovik (670 ? – 730 ?).

Łewond (730 ? – 790 ?)
Histoire de l’Arménie : unique source arménienne relatant la période sous domination arabe, entre 632 et 789.

Movsēs Xorenac‘i (750 – 800)
Histoire d’Arménie : ouvrage monumental relatant l’histoire du peuple arménien depuis les origines jusqu’à la mort de saint Sahak et de saint Mesrop Maštoc‘. Selon la tradition, Movsēs Xorenac‘i aurait été un élève de ces derniers, mais il ne fait guère de doute que son Histoire ne peut être antérieure à 750, du moins dans sa version définitive.

T‘ovma Arcruni (840 ? – 906 ?)

Histoire de la maison des Arcruni : ouvrage important relatant les tensions entre Arméniens et Arabes durant la seconde moitié du IXe siècle, par un membre (probablement humble) de la maison seigneuriale des Arcruni.

Yovhannēs Drasχanakertc‘i (850 ? – 929 ?)
Histoire d’Arménie : probablement rédigé entre 915-916 et 923-924,  l’ouvrage s’ouvre par un résumé des évènements depuis le déluge, mais possède surtout un grand intérêt à partir de son dix-septième chapitre, en raison des excellentes sources auxquelles son auteur eut accès. Elève du catholicos Maštoc‘ (+ 898) auquel il succéda malgré lui, Yovhannēs Drasχanakertc‘i fut mêlé de très près aux évènements de son temps et travailla également à la mise en ordre du rituel arménien (maštoc‘).

Uχtanēs de Sébaste (940 – 1000 ?)
Histoire : seule la première partie a été intégralement conservée ; la deuxième, relative au schisme entre l’Eglise d’Arménie et l’Eglise de Géorgie en 608, est incomplète, et la troisième, qui concernait les Cad (Arméniens chalcédoniens) est perdue. Elève du grand philosophe et théologien Anania Narekac‘i, on admet généralement qu’ Uχtanēs était évêque de Sébaste.

Yovhannēs Mamikonean [pseudo-] (fin du Xe siècle)
Histoire du Tarōn.

Step‘annos Tarōnac‘i (dit Asołik) (935 ? – 1015 ?)
Histoire universelle : ouvrage qui s’étend d’Abraham à l’année 1004 et qui constitue le document le plus important pour la période bagratide. Step‘annos Tarōnac‘i est plus connu sous son surnom Asołik (le chantre) qui lui fut donné sans doute en raison de sa culture musicale.

Aristakēs Lastivertc‘i (1000 ? – 1073 ?)
Récit des malheurs de la nation arménienne : brève relation des guerres qui se déroulèrent dans l’Arménie du Xe siècle, entre Byzantins, Arabes et Perses. Le récit s’achève sur la destruction de la ville d’Ani en 1064 et la captivité de l’empereur byzantin Romain Diogène (1067-1071).

Movsēs Kałankatuac‘i (ou Dasχuranc‘i) (fin du XIe siècle)
Histoire du pays des Ałuank‘ : relation de l’histoire du peuple des Ałuank‘ (au nord de l’arménie) depuis ses origines jusqu’en 950. La date de cet ouvrage, auquel Movsēs Kałankatuac‘i aurait mis la dernière main, est incertaine : une partie des renseignements date de la fin du VIIIe siècle, mais l’œuvre fut réécrite et complétée au Xe et de nouveau au XIe, ou même au XIIe siècle pour le troisième livre.

Matthieu d’Edesse (1070 ? – 1140 ?)
Chronique : chronologie des évènements qui se sont produits entre 952 et 1136, complétée par un prêtre nommé Grigor qui la prolongent jusqu’en 1162. Ses trois parties, divisées en courts chapitres, relatent sans grande exactitude les relations du royaume arménien de Cilicie avec les croisés, ainsi que les luttes entre Byzantins et Arabes.

Samuel Anec‘i (1100 ? – 1180 ?)
Chronologie : relation des évènements en Arménie occidentale et orientale jusqu’en 1179, accompagnée de tables chronologiques sur les différentes ères mondiales. Samuel était prêtre de la cathédrale d’Ani.

Vardan Arewelc‘i (1200 ? – 1271 ?)
Histoire universelle : auteur de nombreux ouvrages exégétiques, théologiques et oratoires, Vardan Arewelc‘i est célèbre surtout pour son Histoire. De retour de pèlerinage en Terre Sainte, il séjourna cinq ans en Cilicie et fut chargé par le catholicos Constantin Ier d’obtenir l’adhésion de l’épiscopat d’Arménie orientale au concile de Sis (1246), ce dont il s’acquitta avec succès.

Kirakos Ganjakec‘i (1203 – 1272)
Histoire d’Arménie : ouvrage qui relate l’histoire arménienne entre 301 et 1265 et qui constitue une source essentielle sur les invasions mongoles. Comme Vardan Arewelc‘i,  Kirakos Ganjakec‘i fut l’élève du célèbre théologien Vanakan Vardapet (1181-1251) ; fait prisonnier par les Mongols, il réussit à leur échapper.

Step‘annos Ōrbelean (1260 ? – 1304)
Histoire de la province de Sisakan : récit, depuis les temps les plus reculés, de l’histoire de la région dont Step‘annos Ōrbelean était évêque.

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