CLEMENT DE ROME (saint)

La plus ancienne liste des évêques de Rome, que nous tenons de saint Irénée de Lyon, donne saint Clément de Rome comme le troisième successeur de saint Pierre : " Ayant donc fondé et édifié l'Eglise, les bienheureux apôtres remirent à Lin la charge de l'épiscopat ; c'est de lui que Paul parle dans ses lettres à Timothée ; il eut Anaclet pour successeur. Après Anaclet, le troisième après les apôtres, Clément obtint l'épiscopat " (Adversus haereses, III, III). Telle est aussi l'opinion de l'historien Eusèbe de Césarée - " Clément fut le troisième évêque des Romains " -, qui date son pontificat de 92 à 101.

La Tradition affirme que Clément de Rome était également contemporain des apôtres. Saint Irénée de Lyon écrivait : " Clément a connu les bienheureux apôtres et conversa avec eux ; il avait encore dans l'oreille la prédication apostolique et leur souvenir devant les yeux " (Adversus haereses, III, III). Origène allait plus loin en l'identifiant au Clément qui accompagnait saint Paul (Ph 4,3). Partageant l'avis d'Origène, Eusèbe de Césarée notait : " la douzième année du règne de Domitien, Anaclet, ayant été évêque des Romains douze ans, eut pour successeur Clément que l'apôtre, dans sa lettre aux Philippiens, désigne comme le compagnon de ses labeurs par ces mots : " avec Clément et mes autres collaborateurs dont les noms sont au livre de vie. " Il existe de celui-ci, acceptée comme authentique, une épître longue et admirable. Elle a été écrite au nom de l'église de Rome à celle de Corinthe à propos d'une dissension qui s'était alors élevée à Corinthe. En beaucoup d'Eglises, depuis longtemps et encore de nos jours, on la lit publiquement dans les réunions communes ".

Encore que saint Irénée de Lyon n'en dit rien, il existait à Rome une tradition du martyre de saint Clément telle qu'affirmée par Rufin, les papes Télesphore (+ 136) Zosime (+ 418) et le sixième concile de Vaison (442) ; il n'est cependant jamais fait mention de son tombeau. Les actes de son martyre sont une oeuvre poétique grecque du Ve siècle qui, une fois le merveilleux enlevé, peuvent néanmoins fournir des indications que la Tradition a retenues : sous le règne de Trajan (98-117), le pape Clément, trop influent sur l'aristocratie romaine, aurait été déporté au delà du Pont-Euxin, en Chéronèse Taurique (Crimée) dans les mines du désert proche de Cherson (Sébastopol) et, pour le punir de continuer son apostolat auprès des prisonniers, on lui aurait attaché une ancre au cou avant de le précipiter dans la mer.

Les manuscrits et la tradition de l'Eglise la plus ancienne et la plus unanime (Hégésippe, Denys de Corinthe, Irénée) attribuent à Clément de Rome une lettre qui pourrait dater de 96-97 et serait la plus ancienne œuvre de la littérature chrétienne après les écrits bibliques. Selon Eusèbe de Césarée, elle fut rédigée alors que " demeurait encore en vie celui que Jésus aimait : Jean, à la fois apôtre et évangéliste, qui gouvernait les Eglises d'Asie, après être revenu, à la mort de Domitien, de l'île où il avait été exilé ", ce que confirme saint Clément d'Alexandrie. La lettre était adressée à l'Eglise de Corinthe, que des troubles agitaient après que de jeunes membres de la communauté se furent insurgés contre les anciens presbytres et les eurent destitués. Ecrite dans une langue simple et claire, elle est sans nul doute l'œuvre d'un auteur unique, même s'il parle toujours au pluriel et s'il faut considérer la communauté romaine dans son ensemble comme signataire. Clément, en bon disciple des apôtres, s'appuie solidement sur les Ecritures qu'il connaît et manie parfaitement dans de longues citations ; ceci étant, en bon lettré helléniste autant que latin, il ajoute des exemples et des maximes qui relèvent de l'univers antique où affleurent Platon, Sophocle et Cicéron.

La lettre compte soixante-cinq chapitres. Un préambule (I-III) énonce brièvement les motifs de la lettre. La première partie (IV-XXXIX) est composée de longues parénèses contre l'envie et la jalousie à l'origine des dissensions, et d'exhortations à l'humilité, à la concorde, à l'unité et à l'harmonie. Les dix-neuf chapitres qui suivent (XL-LVIII) rappellent que l'ordre liturgique et hiérarchique dans l'Eglise est voulu par Dieu, condamnent la destitution des presbytres et appellent les auteurs des troubles à la conversion. La lettre s'achève sur une prière, un résumé du contenu, des recommandations et la salutation finale (LIX-LXV).

On ignore si Clément intervint de son propre chef ou à la requête de l'Eglise de Corinthe. Certains estiment qu'il ne se serait pas immiscé spontanément sans être préoccupée soit de lutter contre l'hérésie, soit d'étendre l'influence de l'évêque de Rome. La portée de la Lettre de Clément est donc discutée : s'agit-il uniquement d'un écrit destiné à pacifier la communauté de Corinthe, ou bien d'un document doctrinal statuant sur des problèmes ecclésiologiques et dogmatiques fondamentaux ? Quoi qu'il en soit, la lettre fut utilisée dès le IIe siècle comme document anti-hérétique faisant autorité, comme l'atteste Eusèbe de Césarée, qui rapporte qu'" en beaucoup d'Eglises, depuis longtemps et encore de nos jours, on la lit publiquement dans les réunions communes ".

L'Eglise catholique a volontiers vu dans la Lettres de Clément un premier témoignage de la primauté du siège de Rome. Néanmoins, l'autorité dont pouvait se prévaloir l'évêque de Rome parmi les autres évêques était alors fidèle à la primauté dont Pierre jouissait parmi les apôtres. Il ne pouvait s'agir, au Ier siècle, de revendiquer la suprématie dont se prévaudra plus tard l'Eglise catholique, en rupture avec l'ecclésiologie des premiers siècles. Hubertus R. Drobner rappelle en outre que la prétention romaine à la primauté repose sur l'épiscopat monarchique et de la juridiction nécessaire, qui faisaient alors défaut.

La Lettre de Clément est suivie, dans les manuscrits, d'une Seconde Lettre de Clément. Le contenu ainsi que le style montrent qu'il ne s'agit pas là d'une lettre mais d'une homélie, la plus ancienne qui ait été conservée (vers 150) et que l'écrit n'est pas de Clément. Elle pourrait venir de Corinthe, d'Alexandrie ou de Rome.


SOURCES
Epître de Clément de Rome aux Corinthiens


BIBLIOGRAPHIE
CLEMENT DE ROME Epître aux Corinthiens
Les Ecrits des Pères apostoliques

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