SAINT PHILIPPE L'APOTRE

14 novembre
Fête de l'apôtre Philippe, l'un des douze.

Aux jours de Trajan, l'empereur impie, l'apôtre Philippe se rendit à Lycie, ville d'Asie, et dans la contrée, et y enseigna l'évangile du Christ. Il alla également dans la ville de Hiérapolis et rencontra un fidele, dont le nom était Eustache (Stakhios) ; et il y avait avec celui-ci Marie, sœur de Philippe, et Barthélemy, l'un les soixante-dix, et d'autres de ses disciples. Ils prêchèrent aux habitants de la ville qui adoraient des serpents et des vipères et en convertirent beaucoup au Christ.

Nicanora, la femme du gouverneur, était depuis longtemps atteinte d'une infirmité du corps et des yeux ; elle ne pouvait aucunement se dresser ni s'asseoir. Lorsqu'elle entendit parler de Philippe, elle se rendit, portée par ses domestiques sur un lit en argent, auprès de Philippe, crut au Christ et guérit. L'ayant appris, le gouverneur, son mari, accourut à cheval, saisit violemment Nicanora, sa femme, et la frappa brutalement en disant : " Quel sorcier t'a trompée, et t'a guérie par des prières pour forniquer avec toi ? Je te tuerai d'abord et le sorcier ensuite. "

Il donna des ordres à des soldats de faire sortir Philippe, Barthélemy et Marie, et ils les frappèrent tellement que beaucoup crurent qu'ils étaient morts. Ils leur attachèrent les pieds et les trainèrent à travers la ville, jusqu'à la porte du temple de leurs idoles, et les enfermèrent dans le temple avec les prêtres des idoles. Ils se mirent à prier ; le temple s'ébranla et les autels des serpents et des vipères se fendirent. Les prêtres accoururent rendre compte (au gouverneur), qui ordonna de les faire sortir du temple, de les mettre à nu tous les trois ; mais Marie fut enveloppée d'un nuage et d'une brume et son corps n'apparut pas aux hommes. On pendit Philippe à un arbre, face au temple, et on cloua Barthélemy. Se regardant l'un l'autre, Philippe et Barthélemy sourirent, comme s'ils n'étaient pas dans les tortures. On voulut également pendre Marie, mais les hommes, l'apercevant ardente comme une flamme, l'abandonnèrent et prirent la fuite.

Philippe dit à Barthelemy : " Prions Dieu pour qu'Il envoie le feu du ciel et les brûle. " Barthelemy et Marie répondirent : " Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a ordonné de bénir nos ennemis et de pas les maudire, ni leur rendre le mal pour le mal, car Il a aussi souffert, a été frappé, souffleté et crucifié, et n'a pas rendu le mal, mais Il pria son Père : Pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font. " (Lc 23, 34).

Philippe dit : " Laisse-moi, je ne peux plus les supporter dans cette pendaison la tête en bas. " Et il se mit à maudire la multitude en hébreu : " Que l'abîme ouvre sa bouche et engloutisse ce peuple inique ! " Lorsque Philippe eut prononcé ces mots, un abîme s'ouvrit et engloutit le temple où étaient les prêtres, les autels, le gouverneur et beaucoup d'autres personnes au nombre de sept mille ; mais l'endroit où se trouvaient les apôtres, Eustache et Nicanora et les autres fidèles resta indemne.

On entendit des voix de gémissements du fond de l'abîme qui disaient : " Aie pitié de nous, Dieu crucifié de Philippe, Jésus-Christ ; apparais-nous, aide-nous et sauve-nous de cette mort vivante et nous croirons en ton nom. "

Le Seigneur apparut à Philippe et dit : " O Philippe, tu n'as pas entendu lorsque j'ai commandé : Ne rendez pas le mal pour le mal (Rm 12, 17) ; voilà que tu perds ainsi des âmes sans pitié. " Philippe répondit : " Pourquoi te fâches-tu contre moi, Seigneur, parce que j'ai maudit mes ennemis, car ils n'ont pas accueilli mes paroles et n'ont pas cru en ton nom ? " Le Seigneur dit : " Puisque tu n'as pas observé mes commandements et as maudit tes ennemis, tu seras gardé après ta mort, hors du paradis, pendant quarante jours et tu seras brûlé par les chœurs (des anges) flamboyants ; et c'est ensuite seulement que le paradis de la vie te sera ouvert et que tu pourras y entrer. Barthélemy se rendra en Lycaonie et y sera crucifié. Quant au corps de Marie, il sera inhumé dans le fleuve du Jourdain. " Et le Seigneur fit de ses mains le signe de la croix sur le sol, l'abîme s'ouvrit et Il cria : " Sortez tous à la suite de la croix resplendissante qui est descendue du ciel pour vous, car l'apôtre Philippe a eu pitié de vous. "

Toute la multitude sortit de l'abîme ; il ne resta aux enfers que le gouverneur seul, et les autels. Lorsque les gens revinrent à la lumière et qu'ils aperçurent Philippe pendu la tête en bas et Barthélemy cloué, ils allèrent pour descendre Philippe, mais il ne les laissa pas faire, car il voulut y mourir. Marie, Eustache et tous les fidèles entourèrent Philippe ; et tous répandirent en chœur de profonds gémissements, criant à haute voix : " Grand est le Dieu des Chrétiens que prêchent ces hommes ; en vérité il n'y a qu'un Dieu qui les a envoyés pour notre salut ; nous regrettons notre grande erreur, et nous croyons maintenant au grand miracle que nous avons vu, et qui nous a délivrés de l'abîme. "

Tous se prosternèrent et adorèrent Philippe, de crainte qu'il ne leur fit encore du mal. Philippe leur dit de la potence : " A cause de vous le paradis m'a été interdit pendant quarante jours, mais le Christ vous a témoigné sa pitié, il vous a sortis des ténèbres à la lumière. " Il leur prêcha avec beaucoup de doctrine la parole de vie et les raffermit dans la foi du Christ.

Philippe leur ordonna ensuite de délivrer Barthélemy des liens et des clous et il lui dit : " Frère Barthélemy, enterre-moi à cette place, mais pas dans de la toile ; écrit mon histoire sur du papier et enveloppe-m'en, entoure mon corps de roseaux ; construis une église à cette place et ordonne à ce peuple de servir Nicanora jusqu'à sa mort. Sacre Eustache évêque. Prie pour moi pendant quarante jours, jusqu'à ce que les portes du royaume me soient ouvertes. "

(Philippe) pria de longues heures. Lorsque les sept jours de sa pendaison la tête en bas furent accomplis, rendit son âme à Dieu, le 14 novembre.

Barthélemy et Marie descendirent l'apôtre Philippe et l'inhumèrent à la même place, comme il l'avait ordonné. Une branche de vigne poussa à l'endroit et donna des fruits. Pendant quarante jours ils accomplirent le vœu sur le tombeau, selon l'ordre de l'apôtre. Une voix du ciel se fit entendre qui dit : " L'apôtre Philippe a été couronné d'une couronne immortelle. "

Toute la ville de Hiérapolis crut au Christ, Barthélemy ordonna à l'évêque Eustache (Evstakheay) de les baptiser tous. Les quarante jours accomplis, le Seigneur apparut à Barthélemy et à Marie et leur dit : " La porte du paradis a été ouverte et Philippe est entré. Allez maintenant, vous aussi, à votre repos. "

Barthélemy et Marie laissèrent Nicanora dans la ville et Eustache dans l'église, et ils partirent de là, Barthélemy pour la Lycaonie et Marie pour le Jourdain, selon l'ordre du Seigneur.

Dans un autre manuscrit, on peut lire :

Fête et martyre du saint et glorieux apôtre et disciple du Christ, Philippe, l'un des douze.

Le saint apôtre Philippe, l'un des douze, était natif de Bethsaïda de Galilée, et concitoyen des apôtres André et Pierre.

Il fut toujours avec Jésus, et c'est lui qui attira Nathanaël vers son maitre en lui disant : " Viens et vois. " (Jn 1, 46) C'est lui qui parla avec Jésus au sujet des pains nécessaires à la foule dans le désert (Jn 6, 3-14). C'est lui qui avec André annonça au Seigneur la visite des gentils venus à Jérusalem, qui demandaient avec empressement à voir Jésus (Jn 12, 20-22). C'est lui qui à la cène mystique pria instamment le Seigneur : " Montre-nous le Père. " (Jn 14, 8)

C'est lui qui après la magnifique et puissamment divine Ascension du Christ, rempli des grâces de l'Esprit de Dieu en même temps que les autres apôtres, parcourut l'univers pour y prêcher l'évangile du royaume. Il alla jusque chez les Scythes de l'Asie, fit des signes et des prodiges, guérit les infirmes et les possédés et convertit nombre de gens à la foi du Christ.

Sous le règne de Trajan il vint en Lydie et de là se rendit à Hiérapolis de Phrygie, y prêcha le Christ et accomplit de très grands miracles. Avec la coopération de l'apôtre Barthélemy, qui était l'un des soixante-dix, et de sa sœur nommée Marie, il convertit beaucoup d'infidèles à la vraie science de Dieu et à l'obéissance de l'évangile.

Nicanor, le gouverneur de Hiérapolis, ayant entendu que Philippe soulevait les hommes du pays contre les dieux paternels, en proclamant Dieu un certain Jésus, en tut fort irrité. Il ordonna à ses soldats de saisir Philippe en même temps que Barthélemy et Marie ; les soldats les frappèrent à tel point que beaucoup les tinrent pour morts. Ils les saisirent ensuite par les pieds, les trainèrent au travers la ville et les emmenèrent au dehors.

Après diverses cruelles tortures, ils pendirent Philippe la tête en bas à une croix de bois. Il resta sept jours sur le gibet en priant, rendit son âme a Dieu, le l4 novembre, et fut inhumé à Hiérapolis.

Les restes du saint apôtre demeurèrent dans cette même ville jusqu'aux jours de Chrysostome et accomplirent de nombreux miracles ; ils furent ensuite transportés à Constantinople. De là des parcelles de ces restes furent dispersées de différents côtés, surtout aux jours du comte Baudouin (Baldovinos) de Flandre, lorsque avec l'aide des Latins il régna à Constantinople.

En ce jour, commémoration de notre père saint Hypatius, le confesseur martyr de Gangres, qui fut l'un des trois cent dix-huit pères saints de Nicée. Il accomplit de nombreux miracles et mourut lapidé par les hérétiques pour le nom du Christ.


SAINT PHILIPPE

Notice biographique disponible sur le site MISSEL

Saint Philippe naquit à Bethsaïde, sur les bords du lac de Tibériade, comme les saints Pierre et André. Saint Clément d'Alexandrie, suivant une tradition ancienne, l'identifie au jeune homme qui demande la permission d'aller enterrer son père avant de suivre Jésus qui répond de laisser les morts ensevelir les morts (Mt 7, 22 ; Lc 9, 60).

Selon l'évangile de saint Jean, on peut supposer qu'il fut d'abord un disciple du Baptiste avant d'être appelé par Jésus à qui il conduit Nathanaël (Barthélemy) (Jn 1, 43-51) ; c'est à lui que Jésus s'adresse avant la première multiplication des pains (Jn 6, 5-7) et c'est à lui que se présentent les païens approcher le Seigneur (Jn 12, 21-22) ; enfin, pendant la Cène, il demande à Jésus de montrer le Père (Jn 14, 7-12).

La tradition nous apprend qu'il prêcha aux Scythes et qu'il mourut très vieux à Hiérapolis (Phrygie) où, selon Eusèbe de Césarée qui cite Polycrate, il fut enterré. Clément d'Alexandrie prétend qu'il mourut de mort naturelle alors que d'autres disent qu'il fut martyrisé sous Domitien ou sous Trajan (lapidé puis crucifié).

L'apôtre Philippe est généralement représenté jeune ; il porte souvent la croix de son supplice et, parfois, des pains qui rappellent son rôle de la multiplication des pains. Parce qu'il porte un nom grec et qu'il est natif de Bethsaïde, on l'associe à André.

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