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SAINT MESROP MACHTOTS
Notre saint Vardapet et trois fois bienheureux père, l'admirable Mesrop, était l'élève et le secrétaire du grand Vardapet d'Arménie Nersès. Après la mort de celui-ci il devint le premier secrétaire du palais royal, mais quelque temps après, il prit l'habit religieux et aspirant à la solitude, il alla habiter dans la province de Golthn où il instruisit les gens du pays dans la foi chrétienne.
Et comme il était seul, et s'efforçait de traduire, pour le peuple, les saintes Ecritures, de la langue grecque en langue arménienne, il se mit à songer s'il pouvait y avoir un moyen d'établir un alphabet arménien, afin que le peuple ne fût pas privé de la consolation de la lecture des Ecritures inspirées de Dieu en langue étrangère ; et il se mit en route et vint auprès du grand patriarche Sahak, qu'il trouva agite des mêmes préoccupations.
Le roi Vramchapouh leur parla d'un prêtre syrien, du nom de Daniel, qui lui avait promis d'établir un alphabet arménien. Ils firent venir cet alphabet, et après l'avoir enseigné a des jeunes gens, ils s'aperçurent qu'il ne correspondait pas exactement à la prononciation de notre langue arménienne, car, seules, des lettres de l'alphabet grec y avaient été appliquées.
Alors Mesrop accompagné de ses élèves descendit en Mésopotamie à la recherche de la solution de son vœu auprès des philosophes qui s'y trouvaient. Tous avouèrent leur ignorance. Il se rendit alors à la ville de Samosate et habita chez un ascète philosophe du nom de Rouphanos. Mais comme son vœu se trouva excéder les moyens humains, il se recueillit en lui-même par des jeûnes et des prières et eut recours à Dieu. Et Celui qui accomplit la volonté de ceux qui le craignent et qui exauce leurs prières (Ps 144,19), lui fit apparaître une vision merveilleuse, non pas en un rêve de sommeil, mais à l'état de veille, pour qu'il puisse la saisir avec les yeux de l'esprit.
Et il aperçut une main droite qui s'éleva et écrivit sur le rocher qui se trouvait en face de lui ; le trace des traits s'imprimait dans la pierre comme dans de la neige et les qualités des caractères ainsi que leur nom restèrent empreints dans l'esprit de Mesrop.
Il se releva de sa prière et, revenu à lui de la vision merveilleuse, rendit gloire à Dieu ; et il créa, de concert avec le philosophe Rouphanos, l'alphabet de notre langue. Tout d'abord ils appliquèrent les caractères grecs à l'alphabet arménien et comblèrent ensuite les lacunes par les dons de la grâce divine. Ils se livrèrent aussitôt aux traductions et traduisirent l'Ancien et le Nouveau Testament. Mesrop les prit avec lui et revint auprès de saint Sahak qui en ressentit une très grande joie.
Ils rassemblèrent ensuite des jeunes garçons intelligents, possédant de belles voix et long souffle, et établirent des écoles dans tout le pays.
Mesrop se rendit après dans le pays des Georgiens [Ibérie] et par la grâce qu'il avait reçue du ciel, il leur composa également un alphabet en leur langue ; il leur laissa des supérieurs et des maîtres choisis parmi ses élèves. Il se rendit de là au pays des Albanais, et leur établit également un alphabet et des écoles.
Il envoya ensuite des jeunes gens à Athènes : David, Moïse, Eznik et autres, qui s'y rendirent et suivirent les cours de philosophie. Ils retournèrent ensuite et, avec leur science grammaticale, corrigèrent les livres traduits.
C'est ainsi qu'ils éclairèrent tout le pays d'Arménie, par des chants et des hymnes religieux composés en notre langue et par la traduction des Ecritures inspirées de Dieu ; ils rehaussèrent grandement l'éclat de toute la liturgie de l'Eglise.
L'invention de l'alphabet eut lieu le 15 du mois Tré et toutes les églises en célèbrent la fête.
Mesrop, après avoir vécu encore quelque temps plein de vertus, s'en alla auprès du Christ, le 8 Hori, le 17 Septembre. Une croix lumineuse descendue du ciel se fixa sur le cercueil jusqu'à ce qu'on l'eut déposé dans le tombeau. Et tous ceux qui furent témoins de cette grande apparition de l'effrayante lumière, furent saisis de frayeur ; elle fut cause de grande contrition pour toute la foule, car elle n'apparut pas seulement à une ou deux personnes mais à tous, et non seulement pendant une heure, mais jusqu'à ce que l'office des obsèques eût pris fin. Et c'est ainsi que lui qui fut glorifié de Dieu, fut grandement glorifié en notre Seigneur Jésus-Christ, à qui gloire éternellement.
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