L'APOCALYPSE (gr. apokalupsis, révélation).

L'Apocalypse fut traduite en arménien dès le Ve siècle, sans que l'on sache si elle le fut dès la traduction de la Septante, ou à partir de manuscrits grecs apportés de Constantinople peu après le concile d'Ephèse (431). Il est certain que la Bible syriaque du début du Ve siècle, dont se servirent également les saints Traducteurs, ne comprenait pas l'Apocalypse, si bien que celle-ci fut nécessairement traduite du grec et faisait certainement corps avec l'apocryphe Dormition de Jean.

L'antiquité chrétienne éprouvait une grande méfiance envers le genre apocalyptique. La plupart des apocalypses ne s'élevaient pas à un niveau authentiquement biblique et témoignaient assez peu de la lumière d'une révélation authentique. Les rêveries et fantasmagories humaines prédominaient, reflets de la vision prophétique, mais non la vision elle-même. Seuls le livre du prophète Daniel et quelques pages apocalyptiques des écrits prophétiques de Zacharie, Ezéchiel et Joël étaient inclus dans la Bible. Les écrits apocalyptiques étaient encore nombreux à l'époque du Nouveau Testament et seule l'Apocalypse de saint Jean fut reconnue par l'Eglise. La méfiance persista néanmoins assez largement dans l'Eglise arménienne, jusqu'à ce que l'action persuasive de saint Nerses Lambronac‘i (+ 1198) permit d'estimer pleinement l'Apocalypse, dont il fit une nouvelle traduction qui se substitua à la précédente.


GENRE LITTERAIRE

Le genre littéraire apocalyptique s'apparente à la tradition prophétique, dont elle représente une forme particulière qui semble s'être développée à compter du IIe siècle avant notre ère. Tandis que le genre littéraire prophétique se caractérise par la parole dite sous l'inspiration de l'Esprit, l'apocalyptique fait surtout référence à des visions (ce n'est qu'au XXe siècle qu'il prit le sens de "catastrophe finale"). Le prophète était à l'œuvre et menait un combat pour la société (tout particulièrement pour la justice sociale) ; serviteur du Temple, il prenait la parole lors de l'office liturgique et, sous l'inspiration de l'Esprit qui descendait sur lui, parlait concrètement au peuple de ce qui lui arriverait le lendemain et de ce qu'il avait à faire dès le jour présent. L'auteur d'une apocalypse ne participait pas à la vie publique mais écrivait pour tenter de rendre la révélation qu'il percevait des mystères de l'histoire et de la destinée du monde ; intransmissible par les formes littéraires classiques, il en donnait une représentation faite de métaphores, symboles, allégories ou images, empruntés essentiellement à la liturgie, à la symbolique des théophanies bibliques et aux représentations religieuses du monde hellénistique.


AUTEUR

" Je suis Jean, votre frère, votre compagnon d'affliction ". Selon une tradition établie depuis le IIe siècle au moins, l'auteur de l'Apocalypse serait l'apôtre Jean, fils de Zébédée, disciple préféré du Christ, auquel sont également attribué le quatrième évangile et les épîtres johanniques. Défendue aux IIe et IIIe siècles par saint Justin le Martyr, Tertullien, Irénée de Lyon et Hippolyte de Rome, cette attribution fut très tôt contestée, notamment par le presbytre Gaïus et saint Denys d'Alexandrie (+ 265), qui écrivait : " Jean, auteur de l'Apocalypse, est un homme saint et inspiré de Dieu. Mais je n'accepterais pas facilement que celui-ci fut l'apôtre ". Denys se fondait sur l'analyse comparée de l'Apocalypse et du quatrième évangile. Effectivement, l'insistance avec laquelle l'auteur de l'Apocalypse se nomme (1,1 ; 1,4 ; 1,9 ; 22,8) contraste avec le quatrième évangile et les épîtres johanniques, qui ne mentionnent aucunement leur auteur. Le Jean de l'Apocalypse fait également référence aux apôtres, sans qu'il paraisse se compter lui-même parmi eux (18, 20 et 21,14). Néanmoins, le ton de l'Apocalypse et l'hostilité radicale envers l'empire romain coïncide parfaitement avec la personnalité impétueuse du jeune apôtre Jean, auquel le Christ avait donné le surnom de Boanergès - " fils du tonnerre ". Surtout, des analogies importantes entre les thèmes de l'Apocalypse et ceux des écrits johanniques témoignent d'une proximité certaine, tout comme l'attestent le vocabulaire très semblable, les tournures de phrases, l'opposition entre lumière et ténèbres, ou l'expression Agneau de Dieu.

Il n'est donc pas impossible que l'apôtre Jean ait été l'auteur de l'Apocalypse, plusieurs années après avoir rédigé le quatrième évangile et les épîtres, ou qu'il ait eu un coauteur. Si l'incertitude demeure, on peut néanmoins affirmer que l'Apocalypse et les écrits johanniques sortirent au moins d'un même cercle, du milieu des disciples de Jean.


LIEU

L'île rocheuse et désertique de Patmos, en Mer Egée, située à l'ouest de Milet et non loin d'Ephèse où l'on sait que saint Jean l'évangéliste vécut les dernières années de sa vie. L'auteur de l'Apocalypse dit s'y trouver " à cause de la prédication de la parole de Dieu ". Il y était très certainement exilé pour avoir prêché l'Evangile (6,9 et 20,4). Sur cette îlot était construite une prison romaine et il existait peut-être des carrières dans lesquelles les exilés étaient astreints au travail. Le terme " affliction " est employé dix fois dans l'Apocalypse, l'auteur se décrivant lui-même comme " compagnon d'affliction ", en référence aux événements tragiques de l'époque (la guerre de Judée, la destruction du Temple, les premières persécutions) mais sans doute aussi à son propre exil.


DATE

Entre 64 et 95. Selon saint Irénée de Lyon, l'Apocalypse aurait été écrite à la fin du règne de Domitien, en 95. Les innombrables références au " sang des saints et des martyrs de Jésus " (17,6 ; 18,24 ; 19,12 ; 20,4) indiquent l'expérience d'une persécution sanglante et généralisée contre les chrétiens. Il a pu s'agir du souvenir des persécutions menées par Néron en 64, mais il est plus probable que l'Apocalypse ait été adressé à une Eglise en pleine persécution, d'une ampleur et d'une violence inégalées à la fin du règne de l'empereur Domitien (81-96).

© 2002-2008 www.eglise-armenienne.com