LE CANON BIBLIQUE

Saint Paul utilisait le terme grec kanôn pour désigner ceux des territoires à évangéliser qui lui avaient été impartis, mais également la règle de conduite à l'aune de laquelle les chrétiens devaient mesurer leur manière de se conduire (2 Co 10,13-16 ; Ga 6,16). Le terme canon fut appliqué à la Bible pour désigner les écrits bibliques reconnus comme l'authentique Parole de Dieu et qui, de ce fait, servent légitimement de référence dans la transmission intacte de la foi, la vie liturgique et la conduite personnelle.

Le canon biblique chrétien n'a jamais fait l'objet d'une décision formelle au sein des Eglises orientales. L'Eglise apostolique arménienne le reçut des traditions bibliques grecque et syriaque, par l'intermédiaire de la Septante et de la Pshitta qui servirent à la traduction arménienne de la Bible réalisée au début du Ve siècle. La particularité du canon biblique arménien au sein des Eglises orientales tient au fait qu'aucune des multiples versions arméniennes de la Bible ne s'imposa jamais de façon à devenir l'unique référence et à fixer de facto le canon des Ecritures. Tandis que l'Eglise grecque adopta progressivement une unique version de la Septante et que l'Eglise copte choisit pour version commune la traduction bohaïrique, l'Eglise apostolique arménienne connaît toujours une multiplicité de versions, plus ou moins ouvertes à quelques livres non canoniques traduits en arménien. Comme dans l'Eglise des premiers siècles, le canon biblique dans la tradition arménienne est lié à l'usage liturgique qui est fait des Ecritures, plutôt qu'à une version exclusive de la Bible, à une liste dressée par un théologien particulier ou à une décision formelle, conciliaire ou non.

Outre les livres canoniques, quelques écrits non canoniques mais souvent en usage dans les Eglises des premiers siècles, ont été intégrés dans certaines versions arméniennes de la Bible et, plus rarement, sont entrées très modestement dans la liturgie. Si l'Eglise apostolique arménienne, comme les autres Eglises orientales, a conservé pour leur utilité des écrits non canoniques, elle ne les considère pourtant pas comme ayant le même degré d'inspiration que les livres canoniques, et ne leur reconnaît pas non plus la même autorité. Le Père Charles Renoux fait ainsi remarquer que : " la mention de ces écrits, considérés aujourd'hui comme des pseudépigraphes ou des apocryphes [NDRL : selon le canon biblique de l'Eglise catholique], ne doit pas nous inciter à penser que l'Eglise arménienne les plaçait au même rang que nos livres canoniques. Ils faisaient partie de la bibliothèque que clercs et lettrés devaient posséder ou connaître. Les œuvres patristiques et canoniques grecques des IVe-Ve siècles, connues très tôt en Arménie, étaient suffisamment explicites sur les livres que Cyrille de Jérusalem, dans sa Quatrième catéchèse (IV, 35-36), regardait comme de seconde zone. La liturgie arménienne primitive, celle des trois ou quatre siècles qui suivirent l'invention de l'alphabet, ne les a jamais utilisés, sauf le Psaume 151 et la 3e Epître aux Corinthiens ".


SOMMAIRE
LE CANON DE L'ANCIEN TESTAMENT
LE CANON DU NOUVEAU TESTAMENT


ETUDES
Ch. RENOUX Un exemple de particularisme : le canon arménien
R. THOMAS Généralités sur le canon biblique des Eglises chrétiennes

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