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LE PREMIER CONCILE OECUMENIQUE : NICEE (325)
1°) La crise arienne à l’origine du premier
concile œcuménique
Entre 318 et 320, un prêtre de l’Eglise d’Alexandrie
nommé Arius (256/260 - 336), originaire de Lybie et déjà âgé, commence à
semer le trouble parmi les fidèles de sa communauté en affirmant que le Fils
de Dieu fut « créé dans le temps ». après avoir fait partie du
schisme de Mélèce et s’être fait excommunier par son évêque pour son
indiscipline grave, il s’était réconcilié avec l’Eglise avant d’être
ordonné prêtre, et était devenu un homme influent et considéré pour sa
connaissance des saintes Ecritures et sa grande douceur dans son activité
pastorale. Pour autant que l’on puisse en juger, Arius était un ascète
d’une grande finesse psychologique, formé à la dialectique et très doué
dans l’art de la communication pastorale ; il savait notamment formuler
ses thèses par des chansons populaires très accessibles. Selon lui, le fait
que Jésus ait eu « besoin » d’être sanctifié par l’Esprit
saint descendu sur lui au jour de son baptême, prouve qu’il lui fallait être
rendu parfait dans l’ordre de la divinité, et qu’en conséquence, sa
substance, perfectible et muable, est étrangère et inférieure à celle du Père.
Le Christ serait une créature divinisée, ni éternelle ni consubstantielle au
Père, mais faite Dieu, « adoptée » par le Père. Le Fils serait
certes une créature très supérieure à nous, digne d’être appelée par
nous « Dieu », mais qui, comme nous, ne serait qu’une créature
d’un Dieu unique, inengendré et Père. N’étant pas lui-même Dieu, il
n’aurait rien en propre à nous communiquer de Dieu par son humanité. Le
fondement de l’arianisme était essentiellement anti-trinitaire, et ce furent
des arguments essentiellement trinitaires que lui opposa saint Athanase
d’Alexandrie.
Sa doctrine se répandit très rapidement en Egypte,
en Libye et dans les provinces de l’Orient et de l’Asie Mineure. Soutenu par
plusieurs évêques de ces régions, pour la plupart anciens élèves de Lucien
d’Antioche comme lui, Arius refusa d’entendre son évêque Alexandre et
l’accusa de sabellianisme, ce qui était de bonne tactique. Devant l’ampleur
de la crise, Alexandre réunit à Alexandrie un synode local des évêques d’Egypte
et de Libye, qui condamna, déposa et excommunia Arius, lequel se réfugia en
Palestine puis à Nicomédie, chez son protecteur Eusèbe. Deux synodes
chercheront alors à s’entremettre en sa faveur. Les
troubles politiques engendrés par amenèrent l’empereur Constantin à décider
la réunion d’un concile, qui se tint à Nicée du 19 juin (?) au 25 août (?)
325, dans l'oratoire du palais impérial, qui était la plus vaste église de la
ville. Le concile compta entre 250 et 300 évêques, selon les auteurs anciens.
Le nombre traditionnel de 318, qui se réfère aux 318 serviteurs d’ Abraham (Gn
14, 14), est symbolique. Les débats sur l’arianisme s’ouvrirent par la
proposition d’une formule de foi établie par les partisans d’Arius et qui
fut rejetée. Eusèbe de Césarée proposa alors le Symbole de son Eglise [le
Symbole de Césarée], qui fut adopté, mais auquel les partisans d’Arius étaient
susceptibles de souscrire tout en donnant une interprétation arianisante. Il
fallait donc préciser le sens du Symbole de Césarée par des additions qui
furent longuement discutées : « Nous croyons en un seul Dieu […]
et en un seul Seigneur Jésus-Christ, le Fils de Dieu, engendré du Père,
unique engendré, c’est-à-dire de la substance du Père, Dieu de Dieu,
lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré non pas créé, consubstantiel
au Père […] » Le terme consubstantiel était le
mot-clé : l’engendré (le Fils) est consubstantiel à l’engendrant (le
Père), la substance du premier est identique à la substance du second, le Fils
est Dieu comme le Père et tous deux sont au même niveau d’être. Contre la
doctrine d’Arius qui pensait le christianisme à l’intérieur des schèmes néo-platoniciens,
la définition de Nicée introduisait ainsi des termes philosophiques grecs dans
la théologie, reposant jusqu’alors exclusivement sur les mots des saintes
Ecritures. En donnant à des termes grecs un sens spécifiquement chrétien, le
concile de Nicée inaugurera le langage proprement dogmatique dans l’Eglise.
Il ne fut point procédé à une rédaction officielle des actes de ce concile, ni
de ceux du deuxième concile oecuménique qui se tint à Constantinople en 381.
D’après Eusèbe, on ne mettait par écrit que les décisions adoptées,
lesquelles étaient alors signées par tous les membres présents (Vita
Constantini, III, 34). Il ne semble point qu'on se soit occupé d'en former
un recueil, ni même d'en dresser une liste authentique. Outre la réaffirmation
dogmatique fondamentale de la divinité parfaite du Christ, ce qui est resté du
concile se réduit à la lettre de convocation, à deux circulaires impériales,
à des canons dont le texte est fort controversé, et à une lettre synodale. La
lettre de convocation, adressée par l'empereur aux évêques, ne nous est
connue que par le résumé qu’Eusèbe en a donné. Deux circulaires, écrites
par Constantin après la clôture, ont été reproduites par Socrates et par Théodoret.
La lettre synodale relate une convention adoptée sur l'époque de la fête de Pâques.
Enfin, les canons portent sur la discipline : communément fixés au nombre
de vingt, une version arabe en contient néanmoins soixante autres, dont
l'inauthenticité est probable.
2°) La réception du concile de Nicée dans l’Eglise
d’Arménie
Lorsque la crise arienne émergea dans l’empire
romain entre 318 et 320, saint Grégoire l’Illuminateur était sur le point de
se retirer du patriarcat, après avoir initié l’évangélisation de l’Arménie
septentrionale. Il revint à son fils et successeur Aristakēs (320-327) de
se rendre au concile de Nicée, ainsi que l’attestent les listes conciliaires.
Tant que régna l’empereur Constantin (+ 337), le royaume arménien fut,
semble-t-il, épargné par l’arianisme. Mais lorsque Constance II (337-361)
s’assura une autorité exclusive sur la partie orientale de l’empire romain,
s’efforçant de lui imposer une confession de foi arienne, la dynastie
arsacide arménienne, cherchant à
suivre au plus près la ligne politique et religieuse des empereurs byzantins,
fut encline à partager, fut-ce en apparence, leur arianisme. Il s'ensuivit un
violent antagonisme entre les souverains arméniens et l'orthodoxie nicéenne
inflexible des patriarches de l'Eglise d'Arménie. Le patriarche Yusik,
petit-fils de saint Grégoire l’Illuminateur, fut mis à mort en 348, sur
ordre du roi. Saint Nersēs le Grand, qui comptait parmi les cosignataires
de la Lettre aux Italiens et aux Gaules et qui entretenait
probablement des relations suivies avec saint Basile de Césarée, fut exilé en
359 avec les autres évêques orthodoxes, après le concile arianisant de Séleucie.
L’éphémère retour de l’empire romain à l’orthodoxie nicéenne, sous le règne de
Jovien (363-364), ne suffit pas à améliorer les relations entre la cour arménienne
et le patriarcat. Les tensions s’accrurent au contraire lorsque l’empereur Valens (364-378) tenta d’imposer
l’arianisme dans la partie orientale de l’empire romain : de retour d’exil
par ordre du roi, saint
Nersēs le Grand sera empoisonné au cours d’un repas (373). La dynastie
arsacide arménienne ne renonça définitivement à l’arianisme qu’après la
restauration de l’orthodoxie nicéenne dans l’empire romain, sous Théodose
Ier. La mémoire de saint Athanase d’Alexandrie, qui fut pendant quarante ans à la tête de la
résistance nicéenne et antiarienne, prit alors une place considérable dans
l’Eglise arménienne, qui lui attribua par déférence l’une de ses
liturgies (qui sera la seule célébrée à partir du Xe siècle) et son Symbole
de la foi, qui sera substitué à la fin du IVe siècle au Symbole de Nicée
dont il accentue, contre l’hérésie d’Appolinaire condamnée au concile de
Constantinople (381), l’affirmation de la pleine humanité du Christ. Le nom
de saint Basile de Césarée, autre grande figure de la résistance nicéenne,
sera donné à l’une des liturgies arméniennes et ses Règles
monastiques seront traduites pour l’ensemble du cénobitisme arménien.
De l’aveu même des historiens, les conditions de la réception des canons nicéens
sous le pontificat d’Aristakēs
restent à étudier. De retour de Constantinople où ils avaient été envoyés
vers 432 pour en rapporter les canons du concile d’Ephèse, Koriwn et Łewondēs,
deux disciples de saint Mesrob Maštoc‘, rapporteront également ceux du
concile de Nicée, ce qui pourrait signifier que l’Eglise d’Arménie
souhaitait alors obtenir une version plus récente, peut-être pour lever
certaines incertitudes dans leur immense travail de traduction en langue arménienne.
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