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LE CONCILE FICTIF D'AŠTIŠAT (432 ou 435)
D’après
la Lettre de l’évêque Innocent de Maronie, composée vers 532-533,
largement reprise dans le Bréviaire du diacre Liberatus de Carthage, Léonce
et Habel, prêtres arméniens qui se seraient rendus à Constantinople vers 435
pour prendre conseil auprès de Proclus sur les écrits de Théodore de
Mopsueste, auraient été diligentés par un synode arménien. La plupart des
arménistes ont identifié Léonce et Habel avec les deux disciples de saint
Mesrob Maštoc‘ nommés Łewondēs et Koriwn, envoyés vers cette époque
à Constantinople. Reprenant le récit de Koriwn, Movsēs Xorenac‘i dit
qu’à leur retour, Łewondēs et Koriwn trouvèrent le patriarche
saint Sahak le Grand et saint Mesrob Maštoc‘ à Aštišat. De l’apparente
concordance de ces trois sources, les spécialistes en ont généralement déduit
qu’un synode se serait tenu à Aštišat, dans le Tarōn, et aurait envoyé
une délégation à Constantinople pour recueillir les conseils du patriarche
Proclus sur les écrits de Théodore de Mopsueste. Ils s’opposent seulement
sur la date de ce concile (432 ou 435) et sur l’éventualité d’un second
synode durant la même période.
Les récentes recherches de Nina Garsoïan amènent à reconsidérer l’authenticité
du synode d’Aštišat, dont aucune source arménienne ne fait mention. Movsēs
Xorenac‘i, qui cite Aštišat, ne fait allusion à aucun synode. Koriwn se
borne à affirmer que Łewondēs et lui rapportèrent leurs traductions,
sans citer aucun synode ni aucun lieu. Le concile de Šahapivan qui se tint en
444, soit six ans seulement après la mort de saint Sahak, n’en fait pas non
plus mention. Environ un demi-siècle plus tard, Łazar P‘arpec‘i note
que la noblesse, le clergé et le peuple se réunirent après la mort de
l’anti-patriarche Šamuēl vers 437, mais pour un tout autre objet que
l’envoi d’une délégation à Constantinople : il s’agissait alors de
supplier saint Sahak de reprendre en main le pontificat dont le roi de Perse
l’avait écarté en 428. La seule source arménienne qui mentionne un synode
tenu à Aštišat sous les saints Sahak et Mesrob Maštoc‘ est la Liste des
conciles arméniens attribuée, sans nul doute faussement, au catholicos
Yovhannēs Ōjnec‘i (717-728) et qui sera reprise dans la Liste des
conciles de Mχit‘ar Goš (+ 1213). Mais en raison des lourdes erreurs
qu’elle contient, la Liste, manifestement rédigée pour assurer une présence
arménienne, même fausse, à tous les conciles œcuméniques, est considérée
par les spécialistes comme étant peu digne de confiance. Dans son Histoire,
le catholicos Yovhannēs Drasχanakert‘i ne mentionne aucun synode
tenu à Aštišat sous le pontificat de saint Sahak, et ne reprend donc pas une
telle liste, ce qui aurait été le cas si la Liste attribuée à son prédécesseur
avait eu un caractère officiel. Plus gravement encore, la tenue en 432 ou 435
d’un concile « des évêques de toutes les régions d’Arménie »,
comme l’affirme la Lettre d’Innocent de Maronie, est hautement
improbable. Destitué par la cour de Perse en 428 et remplacé par des
anti-patriarches syriens, saint Sahak était relégué avec quelques fidèles
dans son domaine du Bagrewand, loin du Tarōn, et le resta jusqu’à sa
mort. Il est infiniment peu probable que les souverains perses l’aient autorisé
à convoquer un synode, alors qu’ils ne lui reconnaissaient aucune autorité
patriarcale. Enfin, l’identification même des moines Léonce et Habel avec
les prêtres Łewondēs et Koriwn, bien qu’admise par la plupart des
arménistes, est sujette à caution. Nina Garsoïan relève à juste titre que
les premiers se disaient moines, étaient accompagnés « d’autres frères »
et se rendaient à Constantinople spécialement pour prendre conseil auprès de
Proclus sur la doctrine de Théodore de Mopsueste. En revanche, Koriwn dit
n’avoir été accompagné que de Łewondēs, qu’il dit être prêtre
et non moine, comme lui-même, et avec lequel il se rendit à Constantinople
pour en ramener les canons des conciles de Nicée et d’Ephèse, ainsi que des
copies des saintes Ecritures et des écrits patristiques.
Il faut donc abandonner la thèse d’un concile qui se serait tenu à Aštišat en 432 ou 435.
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