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L'INSTALLATION DE L'EGLISE APOSTOLIQUE ARMENIENNE A PARIS
par Kegham TOROSSIAN
Depuis le début du XIXe siècle, la petite colonie arménienne de Paris souhaitait posséder son propre lieu de culte et obtint en 1854, du gouvernement français de l'époque, l'autorisation d'édifier une chapelle arménienne à Paris.
Le Révérend Père Garabed CHAHNAZARIAN (1814-1865), qui était arrivé à Paris en 1853, fit annoncer dans " la presse " les 12 et 24 juin 1854, que les Arméniens de Paris avaient dorénavant une chapelle provisoire, " Saint Etchmiadzine " (jusqu'en 1860, d'après A.K. APRAHAMIAN ) où il célébrait le Saint Sacrifice, au 20 rue de Tournon. Malheureusement, en 1862, il quitta Paris pour Manchester, où la colonie arménienne s'était fortement développée, et où il parvint à lancer, grâce à une large souscription populaire, la construction de 1869 à 1871, d'une grande église, toujours en service aujourd'hui, et d'une prélature qui fut pendant cinquante-cinq ans le siège du Primat d'Europe de l'Eglise Apostolique Arménienne.
Au début de 1865, le Patriarche de Constantinople, Sa Béatitude BOGHOS Taghtaghian, délégua à Paris le père Jean HUNKIARBEYENDIAN lequel, accompagné de sa famille, loua pour 1.600 Francs et pour une période de deux ans, un local au 130 du Boulevard du Montparnasse afin de le transformer en chapelle. Le 27 juin 1865, il put célébrer une première Liturgie, grâce à l'appui de quelques concitoyens bienfaiteurs, en particulier Sahag ABRO (ABROYAN) et Krikor AGHATON. Le Révérend père Sarkis TEOTORIAN, de passage à Paris, fournit ses propres vêtements sacerdotaux ainsi que tout ce qui était nécessaire pour le culte. " Presque tous les Arméniens présents à Paris assistèrent à cette première Liturgie dont les familles YERAMIAN et NUBARIAN, ainsi que deux Français ". On ne sait pas exactement jusqu'à quelle date cette chapelle put se maintenir ouverte.
On retrouve aussi un certain Khatchadour NERSESSIAN qui, pour pourvoir au culte arménien, aurait fondé vers 1875 une association dénommée " La Chapelle Arménienne de Paris ", dont il aurait été président, sans autres précisions de date ou de lieu. Il apparaît toutefois en 1891 comme trésorier dans l'Ephorie de la salle de la rue de Vienne mentionnée ci-après, avec Boghos ARPADJIAN, président, Mardiros GONTANIAN, secrétaire, et Mrs SAMOUELIAN et Hovhannès TUYSUZIAN, conseillers (Ephorie et Ephores était le nom donné aux cinq magistrats administrateurs de Sparte).
De 1890 à 1901, une salle, 20 rue de Vienne, appartenant à l'église protestante, fut prêtée pour les offices arméniens. En 1898-1899, le prêtre résidant ayant rendu son âme à Dieu, Sa Béatitude Malachie ORMANIAN, Patriarche de Constantinople, nomma, le 5 décembre 1899, le Père Vramchabouh KIBARIAN pour le remplacer.
En 1900, un architecte arménien, Aram TAHTADJIAN, étudia un projet (à la demande d'Alexandre MANTACHIANTS ?) d'église-cathédrale grandiose (3 à 4 fois l'édifice actuel) qui resta sans suite, étant sans commune mesure avec les moyens et le nombre de fidèles de l'époque, personne ne pouvant se douter de l'accélération des événements à venir dans les vingt années suivantes. Les estimations des résidents arméniens à Paris allant de 1.000 au début du XIXe siècle à 2.000 à la fin de celui-ci.
Le 20 avril 1902, à la suite du compte rendu des services religieux de la semaine de Pâques, le correspondant d'un journal arménien de Constantinople écrivit : " Quand aurons nous notre sainte église à Paris ? "
La communauté arménienne de Paris était, depuis le début du XIXe siècle, en majorité formée d'éléments mouvants d'industriels, de commerçants et d'étudiants, avec des origines diverses, Caucase, Indes, Perse, Empire Ottoman … et donc difficiles à coordonner et à rassembler pour une oeuvre nationale. Il fallut un Alexandre MANTACHIANTS, richissime bienfaiteur qui s'était attaché à Paris, où il passait trois mois par an, pour prendre la décision que tous attendaient.
Il existe deux versions, situées en 1901, de ce que j'appellerais le " déclic ".
A/ Lorsqu'Alexandre MANTACHIANTS était à Paris, il assistait régulièrement aux offices dorninicaux. Or, un dirnanche matin, retardé par quelques problèmes, il était déjà 11h30 lorsqu'il arriva au Temple Protestant de la rue de Vienne. Il ignorait peut-être que l'accord pris entre le Pasteur et le Père Vramchabouh, était que l'office arménien devait se terminer à 11h pour permettre au culte protestant de commencer aussitôt après. Fâché par cet incident malencontreux, Alexandre MANTACHIANTS prit aussitôt rendez-vous avec le Père Vramchabouh pour étudier le projet d'une future église arménienne (version d'Arakèl SAROUKHANIAN, un des secrétaires d'Alexandre MANTACHIANTS).
B/ Un dimanche matin, au début d'un de ses séjours à Paris, Alexandre MANTACHIANTS saluant le Père Vramchabouh à l'issue de la Divine liturgie, lui aurait dit : " Mon Père, quelle pauvre chapelle pour une communauté aussi aisée ! ", "Nous cherchons un mécène" lui aurait répondu le Père sans sourciller, "Venez me voir à mon bureau demain " aurait repris Alexandre MANTACHIANTS avant de s'éloigner (version de Sarkis DEUVLETIAN).
Quoi qu'il en soit, les deux bâtisseurs d'Eglise se réunirent peu après et jetèrent les premières lignes, bases et modalités du projet. Alexandre MANTACHIANTS ne posa pas de limites aux dépenses à engager, il souhaita que l'emplacement choisi soit noble, fasse honneur aux Arméniens, soit, si possible, près des Champs Elysées où il résidait, et que le style de la construction soit du caractère de la cathédrale d'EtchmIadzine.
Parmi les terrains répondants aux critères ci-dessus, deux furent retenus : celui du 45-47 rue de La Boëtie, finalement jugé trop commerçant et trop passant, où fut édifié en 1907 l'actuelle Salle Gaveau, et celui de la rue Jean Goujon, plus calme et résidentiel, que préféra Alexandre MANTACHIANTS. Cet emplacement de triste mémoire, à la suite de l'épouvantable drame de l'incendie du " Bazar de la Charité ", était plus grand et beaucoup plus cher que celui de la rue de La Boëtie. Alexandre MANTACHIANTS voulait l'acquérir en totalité, mais dut se contenter des 300 mètres carrés qu'on voulut bien lui laisser et qu'il acheta pour le prix astronomique à l'époque, de 450.000 Francs.
En visitant ces terrains, il avait été impressionné par la beauté et par la qualité de la construction de l'Eglise de Notre Dame de la Consolation édifiée deux ans plus tôt, au 23 de la rue Jean Goujon, par un jeune architecte français : Albert Désiré GUILBERT, ancien élève d'ANDRE et de LALOU (architectes du Baron Haussmann), dont l'agence se trouvait 13 bis rue de Grenelle à Paris. L'ayant mandé, Alexandre MANTACHIANTS lui demanda préparer un projet de construction d'une église présentant les caractéristiques architecturales arrnéniennes. A. GUILBERT lui ayant avoué le peu d'informations qu'il avait sur ce style, Alexandre MANTACHIANTS fit établir, par ses architectes de Tiflis, un dossier très complet de plans, photos, dessins et croquis d'édifices religieux arméniens et les fit parvenir à A. D. GUILBERT qui, après les avoir étudiés, traça un avant-projet inspiré en partie de l'Eglise Ste Croix d'Aghtamar, projet transmis aux architectes arméniens de Tiflis, qui donnèrent leur approbation après quelques remarques et rectifications.
Le premier coup de pioche fut symboliquement donné le 14 juillet 1902, jour de la fête nationale française, la mise en place et la consécration de la première pierre se faisant le 5 octobre suivant par Mgr Kévork UTUDJIAN, alors évêque de Manchester, Délégué Apostolique et Primat d'Europe de l'Eglise Apostolique Arménienne. Il était assisté du Père Vramchabouh KIBARIAN et du Père Barnabas HINDAMIAN, entourés du bienfaiteur et d'une nombreuse assistance arménienne et française.
Nous célébrons ce centième anniversaire ce dimanche 6 octobre 2002 et aurons la joie de fêter le centième anniversaire de sa consécration en octobre 2004.
Kegham TOROSSIAN
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