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LE CALENDRIER LITURGIQUE ARMENIEN DANS SA FORME ACTUELLE
par Mgr Khajag Barsamian
Le Typikon (Tonatsouits) arménien en usage dans l'Eglise arménienne reçut sa forme définitive du catholicos Siméon d'Erevan, qui fut le premier à le publier en 1775 1.
L'Eglise arménienne adopta le calendrier grégorien le 6 novembre 1923, à l'exception de Tiflis et du Patriarcat arménien de Jérusalem où le calendrier julien est toujours d'usage en raison du " statu quo des Places Saintes ".
Il est un mécanisme intéressant inhérent au calendrier arménien qui diffère des systèmes de calendrier des autres Eglises. Dans toutes les autres communautés chrétiennes (à l'exception des Chaldéens), toutes les fêtes autres que le cycle mobile de Pâques sont célébrées chaque année à date fixe 2. L'Eglise arménienne a développé un système différent, fondé sur le cycle hebdomadaire, vestige de l'ancienne tradition selon laquelle les jours de la semaine, particulièrement le dimanche (et plus tard le mercredi et le vendredi), étaient l'élément directeur de la célébration festive chrétienne. Le calendrier arménien respecte cette pratique primitive selon laquelle les fêtes des saints ne peuvent jamais être célébrées le dimanche, le mercredi ou le vendredi. Quoiqu'une date soit assignée dans le synaxaire pour la mémoire des saints, leur commémoration doit être déplacée dans le temps lorsque la date fixée par le synaxaire correspond à un dimanche, à un mercredi ou à un vendredi. Quelques fêtes importantes de Notre Seigneur et de la Vierge sont transférées au dimanche le plus proche de la date prévue. Par conséquent, environ 150 jours de l'année sont mis de côté pour le jeûne et la pénitence, pendant laquelle les saints du moment ne peuvent être commémorés. Les 150 autres sont donc les jours restant pour la commémoration des saints. Les fêtes du Seigneur sont observées pendant les jours restants de l'année 3. De là vient que tous les jours de fêtes dans le calendrier arménien sont mobiles, à l'exception de six 4 :
1. La Théophanie et la Nativité (le 6 janvier)
2. La Présentation du Seigneur au Temple (le 14 février)
3. L'Annonciation (le 7 avril)
4. La Nativité de la Sainte Vierge Marie (le 8 septembre)
5. La Présentation de la Sainte Mère de Dieu (le 21 novembre)
6. La Conception de la Vierge Marie par Sainte Anne (le 9 décembre)
À part les fêtes de la Théophanie et de la Nativité, empruntées aux Byzantins dans un bref délai, et la fête de la Présentation du Seigneur au Temple, ces commémorations à date fixe furent introduites dans le calendrier arménien durant l'époque médiévale. L'Annonciation et la Naissance de la Sainte Vierge Marie furent introduites au XIIIe siècle, tandis que la Présentation et la Conception de la Sainte Mère de Dieu ne le furent qu'au XVIIe siècle 5. Dans la pratique de l'Eglise arménienne, toutes les autres fêtes sont célébrées à une date différente chaque année, quoiqu'une date fixe puisse leur être assignée dans le synaxaire.
Le cycle hebdomadaire arménien
La tradition arménienne connaît trois types de commémorations pendant la semaine 6 :
1. Le Terowni (fête dominicale). Tous les dimanches sont consacrés aux fêtes du Seigneur. La commémoration des saints ne peut jamais être célébrée le dimanche 7. Quelques fêtes dominicales importantes et à date fixe, ainsi que les fêtes de la Sainte Vierge sont reportées au dimanche le plus proche la date fixée par le synaxaire.
2. Les Srbots (fêtes des saints). Les fêtes des saints sont réparties les lundis, mardis, jeudis et samedis. Les jours des saints Notables surviennent un samedi. Les fêtes dominicales et les jours d'abstinence peuvent être également observée ces quatre jours de la semaine 8.
3. Les Pahots (jours d'abstinence). Les mercredis et vendredis sont jours d'abstinence, durant lesquels les fêtes des saints ne sont pas commémorées. Le caractère de l'office pendant ces deux jours de la semaine est pénitentiel. Les mercredis sont consacrés à l'Annonciation et à l'Incarnation ; les vendredis à la Crucifixion 9.
Le cycle annuel arménien
L'année liturgique de l'Eglise arménienne est divisée en huit grandes périodes ou saisons 10, à savoir :
1. La Théophanie et la Nativité
2. Le Carême [les 50 jours de pénitence précédant Pâques]
3. Pâques
4. La Pentecôte
5. La Transfiguration
6. La Translation de la Mère de Dieu
7. L'Exaltation de la Croix Sainte
8. L'Avant [ou Cinquantaine : les 50 jours de pénitence précédant la Nativité]
Le cycle annuel est également marqué par la tradition primitive, puisque toutes ses saisons (à l'exception de l'Epiphanie) sont mobiles et varient dans une stricte dépendance à l'élément primaire du cycle qu'est le cycle pascal annuel. Mais le cycle annuel arménien, comme le Syrien oriental ou le Chaldéen, montre aussi une évolution particulière en comparaison des calendriers Romains ou Byzantins. Car tandis que l'ancienne tradition remplit l'année entière de périodes spécifiques ou de saisons, le calendrier Romain, notamment, distingue seulement le cycle pascal et l'Avant du reste de l'année, qui est juste "le temps ordinaire."
Le système arménien actuel fut entièrement développé au XIIe siècle 11. L'année liturgique de l'Eglise arménienne est divisée en quatre sections :
1. La Période de la Théophanie.
2. La Grande Période de Pâques.
3. La Période de la Transfiguration.
4. La Grande Période extra-pascale (Translation de la Mère de Dieu et Exaltation de la Sainte Croix).
Mgr Khajag Barsamian,
Le calendrier de l'Eglise arménienne,
St. Vartan Presse, Diocèse de l'Eglise arménienne d'Amérique,
New York, 1995, p. 3-5 (traduit de l'anglais par Romaric THOMAS).
NOTES
1 Ormanean 1914. II, p. 3101.
2 Adontz 1927-28, p. 101; voir aussi de Quarenghi 1906, p. v.
3 Adontz 1927-28, p. 101.
4 De Quarenghi 1906, p. 1.
5 Cf de Quarenghi 1906, pp. 1-2, où l'auteur suggère que la fête de la Présentation du Seigneur au Temple est une introduction du XIIIe siècle dans le calendrier arménien. Nous trouvons encore la célébration de cette fête dans le Lectionnaire arménien de Jérusalem, qui témoigne le premier de sa présence dans l'année liturgique arménienne.
6 Adontz 1927-28, p. 102; cf. aussi de Quarenghi 1906, p. 4.
7 De Quarenghi 1906, p. 2.
8 De Quarenghi 1906, p. 3.
9 Ibid.
10 Cf. Renoux 1976, p. 278.
11 Adontz 1975, p. 102.
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