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L'EGLISE A LAQUELLE NOUS CROYONS
Quelques réflexions sur le devenir de l'Eglise arménienne
par Saténig GOSTANIAN
Cette étude sur notre Eglise a été présentée aux jeunes prêtres de la Congrégation de Sourp-Etchmiadzin réunis à Valence, du 20 au 23 juin 1989, afin de préparer la Deuxième Assemblée des jeunes ecclésiastiques de la Congrégation du Saint-Siège qui doit se dérouler l'an prochain [1990], à Etchmiadzin.
J'y exprime toutes les inquiétudes que j'éprouve devant la situation actuelle de notre Eglise.
C'est pourquoi je m'adresse à vous, nos évêques, en tant que Gardiens du Troupeau, à vous qui êtes les successeurs des Apôtres à qui le Christ a confié Son Eglise.
PLAN
1 - L'Eglise est l'assemblée convoquée par le Seigneur.
2 - Ministère du prêtre en tant que signe de la présence du Christ.
- importance de la lecture des Saintes Ecritures ;
- responsabilités des prêtres et évêques dans l'évangélisation.
3 - Une théologie de la communication pour une Eglise Vivante.
4 - Quelques propositions concrètes de réformes :
a) dans la liturgie ;
b) pour un meilleur dialogue entre clergé et fidèles ;
c) participation des laïcs à la mission ;
d) place de la femme ;
e) les jeunes ;
f) l'œcuménisme ;
g) le financement.
Conclusion
I - L'EGLISE EST L'ASSEMBLEE CONVOQUEE PAR LE SEIGNEUR
L'Eglise : "une, sainte, universelle et apostolique", comme nous le proclamons dans le Credo...
"Eglise" (en grec) signifie l' "assemblée convoquée". L'Eglise est l'assemblée des croyants baptisés convoquée par Dieu dans l'unité de l'Esprit (l Co 1,2 ; Rm 1,7), c'est le peuple de Dieu (Ap 21,3). C'est "la maison de Dieu - je veux dire l'Eglise du Dieu Vivant : colonne et support de la vérité" (l Tm 3,15). C'est le "Corps du Christ", la grande communauté universelle dont le Christ est la tête (Col l, 18-20).
Le mystère de l'Eglise est d'une grande profondeur ; en elle, agit l'Esprit-Saint afin que le dessein de Dieu soit pleinement révélé (Ep 3,10).
Ce terme : Eglise désigne aussi les Eglises locales - égales en droit, dit Saint Paul. Mon étude s'applique ici à notre Eglise d'Arménie que nous aimons et vénérons à l'égale d'une Mère et dont nous sommes très fiers. Toutefois, mon propos n'est pas d'en souligner les richesses et les titres de gloire. Mais comme l'Eglise Universelle tout entière, l'Eglise d'Arménie est écartelée, en train de mourir et de naître à la fois : la vie de l'Eglise n'implique-t-elle pas combat, déchirement, tension perpétuelle ?...
L'objet de cette étude est de dire rapidement :
- en quoi consiste la mission de l'Eglise ;
- les difficultés qu'elle rencontre pour l'accomplir, dans l'actuel climat d'indifférence et d'ignorance religieuses, voire d'athéisme ;
- de suggérer quelques solutions pratiques pour remédier à cette situation : le message que l'Eglise doit transmettre passe par la pratique religieuse ; on ne peut dissocier forme et fond, méthode et contenu.
La Résurrection du Christ d'entre les morts, sa manifestation dans l'assemblée des siens, le repas messianique pris par le Ressuscité avec ses disciples, le don de l'Esprit et l'envoi missionnaire de l'Eglise, telle est la Pâque chrétienne dans sa plénitude : Parole - Repas - Mission (Luc 24,13 svts ; 24, 36-49 ; Jn 20, 19-23).
Tel est l'événement central de l'histoire du salut qui a marqué pour toujours "le 1er jour de la semaine" - le dimanche ne sera rien d'autre que la célébration du mystère pascal - et c'est le Ressuscité Lui-même qui fait un pas de conduite à la jeune Eglise pour lui apprendre ce jour et ce rythme hebdomadaire (Jn 20, 24-39) : huit jours après, Jésus retourne vers ses apôtres, c'est à nouveau le 1er jour de la semaine, l'Eglise est là, elle a compris qu'elle devait se rassembler. Le Seigneur vient au milieu d'elle ; Il célèbre avec elle sa Passion-Résurrection : "Voici mes plaies glorieuses", il revigore, à travers Thomas, la foi de tous. Et notre foi à nous "Heureux, ceux qui croiront sans voir vu".
Donc, importance du dimanche chrétien qui n'est autre que le jour de la Résurrection du Christ. Il s'est appelé dimanche - jour du Seigneur - dès avant la fin du 1er siècle : "je fus saisi par l'Esprit au jour du Seigneur" (Ap 1,10), et, très tôt, les communautés chrétiennes ont célébré cultuellement "chaque dimanche" la commémoration du mystère pascal (Ac 20,7 ; Col l, 26 et 16,2).
La Pâque de l'Eglise primitive est donc hebdomadaire ; ce n'est que vers le milieu du 2ème siècle que Pâques sera institué comme une solennité qui revient une fois l'an. Le Seigneur et les Apôtres ont institué une fête ininterrompue ; le cycle hebdomadaire réalise une véritable continuité ; la fête chrétienne est une continuité, non une parenthèse !
Le peuple chrétien se rassemble le dimanche pour que, entendant la Parole de Dieu et participant à l'Eucharistie, il se souvienne de la Passion, de la Résurrection, de la gloire du Seigneur et rende grâces... jour de fête, de prière, de cessation de travail.
Ce peuple qui se rassemble et prie, c'est l'Eglise, 1'ekklesia, l'assemblée convoquée par le Seigneur. On a longtemps considéré l'Eglise comme une société hiérarchisée où l'unité se comprend surtout en termes d'organisation. Puis, on l'a considérée comme une entité plus spirituelle (Corps Mystique). L'Eglise ne se comprend vraiment qu'à partir de son "intériorité" : elle est une communion entre Dieu et les hommes et des hommes entre eux : elle est signe d'intimité avec Dieu et d'unité entre les hommes.
Cette unité qui inclut la diversité, s'accomplit avant tout dans l'Eglise locale (le diocèse). En elle, l'unique Eglise de Dieu se réalise complètement. On n'est pas chrétien individuellement, on ne vit pas sa foi seul, on ne la pratique pas au seul rythme de sa conscience individuelle. Tout chrétien fait partie de l'Eglise : communauté locale vivante qui se rassemble autour de l'Eucharistie où elle communie au Corps et au Sang du Christ, devient une, et devient Corps du Christ. L'Eucharistie est la source et le fondement de l'Unité de l'Eglise car c'est le Christ qui la rassemble.
Ne pas participer aux célébrations et aux sacrements, c'est se couper de l'Eglise, donc de Dieu - Source de Vie. D'où l'importance vitale de la messe et l'obligation (loi intérieure) d'y assister. La loi du Christ se ramène à l'amour, c'est-à-dire à se laisser conduire par l'Esprit (Gal 5, 16-18) - l'Esprit nous conduira à la messe.
C'est le jour du dimanche, par sa démarche eucharistique et sa rencontre avec l'Eglise que le croyant réalise son identité chrétienne (et arménienne dans notre cas), sinon, elle se perd et disparaît. Une Eglise qui ne convoque pas le dimanche, n'est plus l'Eglise du Seigneur, l'assemblée pascale et festive de ceux qui croient au Ressuscité !
C'est le Seigneur qui convoque et qui rassemble. C'est Lui, le prêtre, le seul prêtre de Son propre sacrifice, la pierre d'angle (Première Epître de Pierre 2,6) par qui tient debout et en un seul bloc, la maison de Dieu, l'Eglise. Et nous tous, baptisés, c'est-à-dire cimentés au Corps du Christ, nous sommes des "pierres vivantes", l'Eglise des baptisés, et l'onction du Saint Chrême fait de nous un peuple de prêtres. Il n'y a pas deux espèces de chrétiens ; être chrétien et être prêtre : c'est un : on l'est par le baptême.
Mais il y a diversité des dons, des ministères. Un ministère (du latin ministrare : service) est un service. Le prêtre ordonné n'est pas à part (par son savoir...), mais il est le signe de Celui dont la présence est invisible depuis L'Ascension : quand il annonce la Parole, c'est le Christ qui parle ; quand il consacre le pain et le vin, c'est le Christ qui, par Son Esprit, consacre le pain et le vin ; quand il réconcilie, c'est le Christ qui réconcilie.
2 - LE MINISTERE DU PRETRE
En tant que signe de la présence du Christ dans les sacrements, il est responsable de :
- la liturgie de la Parole et de la catéchèse,
- la célébration eucharistique,
- l'envoi en mission.
a) Importance du partage de la Parole de Dieu (les Saintes Ecritures)
Sans le préalable de la foi, on ne rencontre pas Jésus, on ne reconnaît pas le pain eucharistique même si on le mange matériellement ; on ne bénéficie pas des grâces du baptême, de l'Esprit-Saint.
Or, la foi naît de la Parole de Dieu. "Tout homme qui écoute les enseignements du Père vient à moi, instruit qu'il sera par Dieu lui-même" (Jn 6,45-46). C'est d'abord comme Parole du Père que Jésus est le Pain de Vie. Croire en Lui, c'est participer à la vraie Vie. "Tout homme qui écoute les enseignements du Père vient à moi, et si le Père l'attire vers moi, moi, je le ressusciterai au dernier jour" (Jn 6, 45-46).
Le passage est immédiat de la foi à la Vie éternelle ! La foi avant tout !
La foi vivante en Jésus-Christ, c'est le fondement par quoi tout commence ; c'est la porte d'accès aux sacrements. Les sacrements - que l'Orient préfère nommer d'un mot plus englobant : les mystères - sont une célébration de la foi, sinon ils ne sont rien : le Sacrifice de la messe ne produit d'effet qu'en ceux qui sont unis à ce sacrement par la foi et la charité.
Saint Paul écrit : "La foi nous rentre par les oreilles, les oreilles où retentit la Parole du Christ" (Rm 10,17). C'est ce qui est proclamé à la messe quand le diacre dit : " Proskumé - écoutez ! Dieu parle !"
Quand Dieu parle, quand l'Esprit fait parler comme à la Pentecôte, Il parle dans la langue des auditeurs : "nous les entendons publier dans notre langue les merveilles de Dieu" (Ac 2,11). Dieu parle un langage compréhensible.
Prenons un autre exemple dans l'Ancien Testament, en Néhémie, 8 : quand les juifs revinrent de la captivité et de l'exil, le scribe Esdras leur lut la Loi, traduisant et donnant le sens ; le peuple pleurait en entendant les paroles de la Loi, puis ils furent heureux : "car ils avaient compris les paroles qu'on leur avait communiquées" (Né 8,12).
Ainsi, comme la foi, la joie naît de la Parole de Dieu. "Heureux plus encore ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui l'observent" (Lc 11,28) : Jésus nous appelle à fonder notre joie sur la contemplation de la Parole de Dieu et la fidélité à sa Parole, c'est-à-dire à Dieu lui-même devenu chair en son Fils.
Malheureusement, le peuple arménien est privé de cette béatitude : il ne comprend plus le grabar (l'arménien ancien) dans lequel sont lues les Saintes Ecritures. La majorité des Arméniens nés en France n'a jamais " entendu " l'Evangile dans un langage qui lui soit compréhensible. Elle ne sait pas en quoi consiste sa Foi ; elle n'a jamais entendu annoncer la Bonne Nouvelle de l'amour de Dieu 1.
b) Responsabilité des prêtres et des évêques
C'est avec un profond respect que je m'adresse aux prêtres arméniens : Vous avez bloqué la Parole de Dieu par votre attachement au grabar ! La Parole vivante, vous l'avez pétrifiée ! Vous avez réquisitionné Dieu pour vous, qui, seuls comprenez le grabar. Vous portez solennellement l'évangile, richement orné ; vous en avez fait une relique !
Nous n'adorons pas un Livre, mais l'écrit est le tremplin de la prière, le lieu d'une Parole, la révélation de la Transcendance. La foi chrétienne utilise des mots pour se dire, des langages, des textes pour s'exprimer. Elle n'est pas silence.
Il n'est pas question de supprimer le grabar, cette langue admirable, porteuse de siècles de prière, garante de notre Tradition, de la transmission de notre patrimoine littéraire et religieux ; elle est le signe de l'unité de notre Eglise dispersée.
Il est nécessaire de former les fidèles à cette discipline ; il s'agit de créer un rapport nouveau, une relation nouvelle à ces textes anciens afin que la parole énoncée soit partagée, goûtée, mangée, toujours approfondie, pour qu'elle ne reste pas extérieure, donc vaine...
Quelles mesures prendre afin de remédier à cette situation ? Elles sont nombreuses ; en voici quelques-unes :
- la plus difficile : apprendre le grabar aux fidèles studieux !
- garder le grabar dans toutes nos prières liturgiques, mais en lui adjoignant une traduction en français (ou anglais, etc.), non seulement pour nos fidèles francophones mais aussi pour les non-arméniens désirant participer à nos cérémonies et qui sont de plus en plus nombreux ;
- lire les Saintes Ecritures en arménien courant mais aussi en français car nombreux sont les Arméniens ne connaissant pas leur langue. Il faut, comme cela a été dit précédemment, que l'Evangile soit non seulement proclamé, mais entendu et compris, selon la volonté du Seigneur : "Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le au grand jour ; et ce que vous entendez dans le creux de l'oreille, proclamez-le sur les toits" (Mt 10,27).
Les prêtres, dépositaires de la Parole de Dieu, ont pour tâche essentielle, primordiale, l'évangélisation : "Annoncer l'Evangile, en effet, n'est pas pour moi un titre de gloire ; c'est une nécessité qui m'incombe. Oui, malheur à moi si je n'annonçais pas l'Evangile" (l Co 9,16).
- Importance de l'élocution : des siècles de lecture incompréhensible de l'Evangile ont élevé un écran entre le texte et les auditeurs. Il faut le lire lentement. Il faudrait qu'on ait l'impression que ces mots sont dits pour la première fois ; c'est la première des catéchèses et une introduction à la méditation : le texte descend en nous, nous y adhérons de l'intérieur. Il faut aller lentement pour avaler le Livre. Dieu dit : "Ouvre la bouche et mange ce que je vais te donner. Je regardai : une main était tendue vers moi, tenant un volume roulé... J'ouvris la bouche et il me fit manger l'ouvrage. Il me dit : "nourris-toi, rassasie-toi"... Je le mangeai et il me fut dans la bouche doux comme du miel" (Ez 2,8 à 3,3).
- II faut, ensuite, expliquer l'évangile lu, comme Jésus l'a fait sur le chemin d'Emmaüs : "Notre cœur n'était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Ecritures ?" (Lc 24,32) 2. L'homélie doit être courte, concise, avec une ou deux idées-force, proches de la vie du fidèle. Pas de grandes envolées lyriques où la musique des mots endort l'attention du fidèle. Jésus parlait un langage simple, concret, l'"aujourd'hui" (Lc 4,21) de cette parole demeure.
- Nécessité de la catéchèse : la prédication du dimanche doit être étayée par une solide catéchèse des enfants, des jeunes, des adultes ; il faut organiser des réunions régulières, des retraites, la formation de catéchistes ; il faut surtout écrire des livres où l'on explique notre foi chrétienne arménienne, des livres écrits par des théologiens, en arménien mais aussi dans chacune des langues des pays où vivent les Arméniens. Enseigner, c'est vouloir communiquer, c'est travailler - professeurs et élèves - à répondre aux questions vitales. La première communauté d'Eglise s'est rassemblée pour répondre à une question ; la Résurrection. Au Moyen-Age, les universités (créées, dirigées par des clercs) répondaient aux grandes questions : la mort, le salut. Aujourd'hui, nos théologiens, nos prêtres doivent continuer à répondre aux grandes questions de l'homme moderne dont la plus grande actuellement est l'angoisse de l'absurde. "Qu'est-ce qui ferait sens par rapport à l'absurde ? Pourquoi vivre ? Qu'est-ce que l'espérance ?"
- Communiquer : quand les Arméniens vivaient sur leurs terres, ils partageaient le même code, le même langage, les mêmes prières avec les mêmes références religieuses : la Bible, le "Nareg", les charagans.... Le génocide de 1915 a ruiné - je n'ose dire anéanti - un peuple, une culture ; il a dispersé les survivants dans de nombreux pays... Dans cette dispersion, il faut créer de nouvelles façons d'exister, de communiquer. L'Eglise arménienne est la seule à pouvoir relier entre eux les Arméniens dispersés, parlant français, anglais, espagnol et presque plus l'arménien. Elle le peut par le moyen du langage universel de la foi chrétienne : un arménien pratiquant éprouvera, forcément un jour, le désir d'apprendre sa langue. Vision peut-être naïve de la réalité ? Mais l'"Eglise Universelle" n'est pas une abstraction ; cela peut être vécu concrètement. Mais il faut toujours s'obliger à intérioriser la foi, ne pas tomber dans le piège de la religion "nationale", sociologique, facteur d'identité... ; ne pas prêcher d'abord et surtout l'arménité, mais revenir toujours aux valeurs de l'Evangile. Communiquer entre nous, non seulement à propos d'identité nationale, de reconnaissance du génocide... mais partager la même foi, la même espérance, le même amour pour Dieu et nos frères. Le monde souffre d'un manque d'amour. Beaucoup de gens ne se sentent pas aimés et n'arrivent pas à aimer. Au nom du Christ, l'Eglise veut leur dire "Vous êtes aimés". C'est un message difficile à communiquer, d'autant plus qu'il s'adresse à un auditoire hétérogène, à un peuple disséminé dans de nombreux pays. Notre Eglise doit élaborer une théologie de la communication.
3 - UNE THEOLOGIE DE LA COMMUNICATION POUR UNE EGLISE VIVANTE
C'est une théologie qui prend réellement sa source dans les Ecritures Saintes qui sont inspirées par le Souffle de Dieu, par l'Esprit-Saint, l'Esprit de Vie. Cette théologie transmettant les paroles de Vie, fera naître dans les membres de notre Eglise, une vie intérieure profonde avec Dieu, Père, Fils et Esprit ; elle parlera au cœur des fidèles ; elle sera communication et mènera à la communion. Vivre = parler = aimer.
Nous voulons une Eglise Vivante, tournée vers son Dieu en chacun de ses membres et tournée vers les hommes pour leur donner la vie de Dieu.
La communication nécessite une perpétuelle conversion à Dieu, Créateur et source de vie nouvelle ; elle demande une remise en question continuelle afin de vivre une fidélité créatrice vis-à-vis de la Tradition et non son figement. Ce serait là le point de départ de nombreuses réformes structurelles, théologiques, liturgiques, canoniques... absolument indispensables.
4 - QUELQUES PROPOSITIONS CONCRETES DE REFORMES
a) Dans la liturgie
Nous avons déjà évoqué le problème du bilinguisme à propos des Saintes Ecritures. Il faut aussi proposer une traduction de l'ensemble de la prière liturgique : les sacrements (baptême, mariage, confession), le rite des funérailles, la Semaine Sainte... La traduction de la messe doit inclure les prières du célébrant : la consécration du Pain et du Vin est complètement occultée dans les livrets actuels.
Insistons sur l'énorme effort de catéchèse à entreprendre car l'énorme majorité des croyants est religieusement inculte.
L'évangélisation et une catéchèse sérieuse donneront aux fidèles le goût et le désir de participer pleinement aux célébrations liturgiques et de communier plus fréquemment. Actuellement, ils assistent sans bien comprendre, sans oser communier, pour avoir le plaisir d'écouter la musique religieuse arménienne, pour se sentir arménien de temps en temps l'espace d'une heure, et surtout afin de s'acquitter d'un devoir envers leurs défunts en leur offrant un requiem. Il faut donc expliquer le déroulement de la messe, le sens des symboles 3.
Il faut entreprendre une étude historique des traditions liturgiques et des raisons de leur figement. Nous avons gardé les formes, les usages, les rites de la religion mais nous en avons perdu la puissance (les formes se vident, n'ont plus de sens si la vie intérieure disparaît). L'immobilisme semble être l'un de nos traits dominants ; notre Eglise n'est pas menacée par une crise de modernité perturbatrice. Dommage !
La communion est l'aboutissement de la célébration eucharistique. Il faut encourager les fidèles à communier. Personne n'est digne de recevoir le Corps et le Sang du Christ, mais il nous a dit : "Prenez et mangez... Prenez et buvez...". Il y a peut-être une sacralisation très forte du Corps du Christ que l'on préfère vénérer et qu'on n'ose pas recevoir. Il ne faut pas créer d'obstacle matériel à la communion tel que : exiger que les femmes aient la tête couverte, comme Saint Paul l'exigeait, il y a 2000 ans, selon les usages du temps (l Co 11,5). Dieu se donne sans condition : l'eucharistie, ce sont les bras ouverts de Dieu. Et l'on doit s'en approcher avec crainte et respect, sans bousculade et sans que les femmes soient systématiquement refoulées à l'arrière afin que les hommes soient les premiers à communier ; nous sommes tous, à égalité, enfants de Dieu par la foi dans le Christ Jésus (Ga 3,27-28). Il faut savoir abandonner les usages influencés par l'époque et le lieu (la Palestine du 1er siècle).
b) Pour un meilleur dialogue entre le clergé et les fidèles
L'Eglise arménienne est une Eglise orientale et ses prêtres sont orientaux ; il ne peut en être différemment dans l'état actuel de l'institution ; ces prêtres, natifs d'Arménie ou du Moyen-Orient, acceptent de s'expatrier pour venir exercer leur ministère en Europe où il n'y a jamais eu de vocation religieuse chez les Arméniens ; c'est une chance pour nous d'avoir encore des prêtres. Mais le fait demeure : nos prêtres sont des prêtres "importés", ce qui fait que leur mentalité diffère de la nôtre, qu'elle est même un sérieux obstacle à la communication, et même un frein aux éventuelles vocations religieuses des jeunes occidentaux (car le "modèle" est oriental).
Il est donc indispensable que nos prêtres s'adaptent rapidement à nos pays de la diaspora, en y faisant des études, par exemple. Cela demande beaucoup d'humilité et de travail. Il faut donc qu'ils apprennent la langue du pays où ils exercent, sans abandonner l'usage de l'arménien, évidemment. C'est ainsi qu'ils maintiendront l'usage de notre langue parmi nous, sans nous reprocher notre ignorance vis-à-vis d'elle. Les circonstances n'ont pas toujours été favorables...
On ne peut obliger un arménien à apprendre la langue de ses pères ; il faut lui en donner l'envie et la possibilité ; le prêtre est le meilleur "instituteur", le meilleur "propagandiste" de notre langue ; il lui est beaucoup demandé : transmettre à ses ouailles la foi chrétienne et, en même temps, la langue et la culture arméniennes.
Nos prêtres ont un équilibre difficile à maintenir entre leur rôle pédagogique (écoles...) et leur apostolat qu'ils ne doivent pas sacrifier. C'est pourquoi il est indispensable que leurs années de séminaire leur donne, en même temps qu'une solide culture générale, une bonne formation religieuse, une formation à l'intériorité, à la vie intérieure avec le Père, Jésus et l'Esprit-Saint.
Le souci qu'a eu l'Eglise de préserver l'identité nationale arménienne, l'a entraînée parfois très loin... loin de Dieu ; elle ne peut se contenter de prêcher l'arménité. Elle doit éviter d'être imbriquée dans les querelles des partis politiques et ne pas oublier que l'enjeu final est l'advenue du Royaume. Il s'agit ici de l'Eglise en tant qu'institution, en tant que hiérarchie. Il nous faut revenir à l'Eglise, Peuple de Dieu.
c) Participation des laïcs à la mission
Il a déjà été dit plus haut que l'unité de l'Eglise est fondée sur l'égalité d'un même baptême, et qu'à l'intérieur de ce peuple de baptisés, des missions spéciales créent des rôles différents. La difficulté est d'articuler la charge des pasteurs avec la responsabilité de tous les chrétiens. Ce sera le travail de l'Esprit-Saint, d'où l'importance grandissante du "Sensus fidelium", c'est-à-dire les lumières de l'Esprit accordées au peuple, car ces lumières ne sont pas réservées aux seuls prêtres et évêques !
Si le clergé accepte d'abandonner certaines de ses prérogatives, une collaboration entre prêtres et laïcs doit pouvoir s'ébaucher au fur et à mesure que l'évangélisation et la catéchèse se poursuivront, au cours de réunions régulières. L'évangélisation rend créatif : des laïcs apparaîtront et prendront leurs responsabilités dans les différentes pastorales, des colloques et pourquoi pas, des synodes diocésains seront à envisager, comme l'entreprennent actuellement les diocèses catholiques, des congrès comme les orthodoxes....
Les sujets de colloque sont nombreux. En voici quelques-uns :
- En quoi notre Eglise correspond-elle aux besoins de ses fidèles ?
- Comment tenter une "seconde" évangélisation des Arméniens ?
- Quelles sont les raisons de vivre et d'espérer offertes par notre Eglise à sept millions d'Arméniens ?
- Quel est son rôle social dans le monde d'aujourd'hui ? etc.....
C'est en travaillant ensemble sur des préoccupations communes (religieuses, éthiques, nationales...) que la communication s'établira entre Arméniens de cultures différentes et qu'ils arriveront à se connaître, à se comprendre ; ce travail en commun aboutira à un langage commun : la rencontre de Dieu et des autres se fait dans le langage humain ; ce langage n'est pas inné, naturel ; il est à élaborer, dans un travail de collaboration volontaire, fervente.
Nous savons tous que le temps presse, qu'il est déjà trop tard, mais qu'à Dieu, "rien n'est impossible". Ce travail urgent ne peut être effectué par des bénévoles ; il faut créer des postes salariés de permanents laïcs dans les évêchés.
Il faut aussi accepter d'investir temps et argent dans les médias : presse, radio, TV. Ils jouent un rôle important en tant que relais dans l'information et la communication.
Nous devons être attentifs afin de discerner les aptitudes de chacun, utiles au service de Dieu ; Dieu parle et agit à travers les charismes qu'Il nous accorde.
d) La place de la femme
II y a toujours eu une méfiance de l'Eglise - orientale comme occidentale - vis-à-vis de la femme. Je pense que le travail en commun, les réunions supprimeront cette méfiance et permettront d'apprécier le sens pratique, l'esprit d'entreprise et la ténacité des femmes. Elles sont ou se rendent plus disponibles que les hommes ; elles peuvent jouer un rôle important dans la catéchèse, dans le rôle social de l'Eglise, la préparation aux sacrements, l'accueil, le secrétariat... Notre Eglise, comme toutes les autres, subit une grave crise des vocations ; il est urgent de décharger les prêtres des travaux fastidieux afin de les libérer pour l'essentiel : l'accompagnement spirituel des fidèles.
Les femmes peuvent travailler dans différents secteurs de la pastorale, mais il ne faut pas seulement les "utiliser" ou les consulter ; il faut aussi leur reconnaître un pouvoir de décision.
e) Les jeunes
Ce sont eux qui assureront l'avenir de notre communauté et la continuité de notre Eglise. Il faut, de toute urgence, créer une pastorale particulière pour les jeunes (12 à 25 ans), car ils sont en train de perdre la mémoire du patrimoine culturel chrétien, arménien ; ils sont en recherche d'identité ; il ne faut pas leur donner une image "archaïque" de l'Eglise, le lieu par excellence où ils peuvent trouver des points de repère de leur histoire. Il faut encourager les mouvements existants, comme le scoutisme ; il faut créer des activités pouvant les intéresser : centre aéré, colonie de vacances, sortie, pèlerinage, mouvement déjeunes comme celui de la jeunesse orthodoxe etc... car les jeunes veulent expérimenter ensemble une vie ecclésiale ; ils ne se contentent pas de mots..
C'est à partir de ces efforts que pourra s'ébaucher une vraie pastorale des vocations afin d'assurer la relève.
f) L'œcuménisme
Notre Eglise doit sortir de son isolement et s'engager résolument dans le dialogue avec les Eglises sœurs, sans craindre leur prosélytisme. Elle a un témoignage à donner : celui de son ancienneté et de sa fidélité à la Tradition de l'Eglise Primitive, celui d'une Eglise en diaspora... Elle peut le faire par ses interventions dans les médias, par des conférences, par une participation active aux expositions et journées oecuméniques régionales 4, par des cours dans les Universités 5, par sa présence aux assemblées oecuméniques internationales... Pour faire face à toutes ces activités, elle a donc besoin d'un réseau de gens compétents, de professeurs, de théologiens (religieux et laïcs).
L'absence de notre Eglise à certaines assemblées (Chantilly, Groupe des Dombes, Rassemblement de Baie...) est regrettable et, j'ose le dire, porte préjudice à tous, à commencer à nous. Les échanges oecuméniques favoriseraient une prodigieuse prise de conscience de nous-mêmes et nous y obligeraient car il faut être soi pour dialoguer !
Sur le chemin de la prise de conscience de notre identité, et pour une meilleure intelligence de notre foi, rien ne vaut l'étude de notre littérature religieuse, c'est-à-dire les écrits des Pères de l'Eglise arménienne : Grégoire de Narek, Nersès Chnorhali ; c'est dans ce pèlerinage aux "sources" qu'on sent véritablement battre le cœur de l'authentique Eglise d'Arménie !
II est de notre devoir de faire connaître nos richesses religieuses, patristiques à tous, à commencer à nous-mêmes.
g) Le financement
L'Eglise doit donc se mettre à l'écoute des exigences spirituelles et culturelles actuelles et à les satisfaire avec des initiatives appropriées. Encore faut-il qu'elle en ait les moyens. Il faudra donc qu'elle fasse appel à la générosité des fidèles afin qu'us acceptent de participer financièrement à la marche de leur Eglise. Ils le feront dans la mesure où ils se sentent concernés par elle ; dans la mesure où ils auront acquis une conscience ecclésiale ; de simples consommateurs, spectateurs, ils se sentiront membres de ce Corps Mystique qu'est l'Eglise aussi actifs et responsables que la hiérarchie elle-même ; ils auront alors acquis une structure de chrétiens adultes ; ils ne feront plus cette erreur que les chrétiens ont faite depuis des siècles, celle d'identifier constamment l'Eglise et la hiérarchie ecclésiale (c'est-à-dire prêtres, évêques, patriarches, Catholicos).
On pourra alors procéder à l'étude approfondie des modalités d'un financement régulier des diverses activités cultuelles, culturelles, caritatives, comme on le fait actuellement pour les salaires et les frais de fonctionnement des églises ; il faut assurer un traitement décent aux ecclésiastiques qui consacrent leur vie et toutes leurs forces vives au service de la communauté. Il faudra peut-être même envisager la création d'une participation permanente des fidèles, semblable à un "impôt" librement consenti, car ce serait un partage des ressources de tous dans l'esprit de l'Evangile.
CONCLUSION
Nous croyons en une seule Eglise sainte, universelle et apostolique, proclame le Credo de l'Eglise arménienne 6.
Nous croyons en l'Eglise : elle est en même temps, visible et invisible, humaine et divine, Eglise de la terre et Eglise riche de biens célestes. Nul ne connaît donc le vrai visage de l'Eglise ; nul n'est apte à porter un jugement sur elle. Il nous faut donc l'aimer car c'est elle qui, à travers tous les siècles, nous a portés dans la foi et l'espérance, il nous faut l'aimer parce que le Christ l'a aimée (Ga 2,20) ; c'est pourquoi elle est signe de la tendresse et de la justice de Dieu.
Nous croyons en une seule Eglise : nous l'avons déjà dit : une Eglise locale comme l'Eglise d'Arménie est un membre, donc nécessairement unie aux autres Eglises 7 et la force d'union de ce Corps, c'est l'amour de Dieu, la relation personnelle avec Lui, car la foi est une adhésion personnelle et non collective. Sans cette relation personnelle d'amour avec Dieu, personne n'est chrétien. Aimer et vivre de son amour, c'est ce que Dieu attend chacun de nous, mais ensemble, en Eglise.
Nous aurons du mal à vivre notre foi tant que durera l'isolationnisme national de notre Eglise, cet obstacle à la vocation de toute Eglise locale : faire partie de l'Eglise Une. Le Christ est mort pour "rassembler dans l'unité tous les enfants de Dieu dispersés" (Jn 11,52). Aussi, l'Eglise est-elle en marche vers son unité car elle est rassemblée par Dieu dans l'unité même de la Sainte Trinité, le Père, le Fils et l'Esprit-Saint qui "travaille" en elle.
L'Eglise est signe de rassemblement, de réconciliation des hommes entre eux ; cette action de rassemblement est un service, celui d'une "construction" continue et cohérente de la communauté avec l'indispensable collaboration entre toutes les vocations, dans un esprit de dialogue et de "transparence" 8.
Chaque évêque, chaque prêtre, chaque laïc, doit être un homme de paix. L'Eglise ne doit pas se transformer en un champ de bataille où chacun lutte pour obtenir plus de pouvoir, plus d'honneurs. La division engendrée, par exemple, par l'hégémonie que veulent exercer certains, est une autre forme de l'égoïsme individuel et collectif. Nous serons des disciples du Christ en servant, non en régnant, en exerçant toute responsabilité comme un service, avec humilité, dévouement, amour.
L'Eglise est sainte par sa docilité à l'Esprit-Saint qui travaille en elle, en ses membres pécheurs.
L'Eglise est universelle : l'évangile annonce le salut du monde ! L'Eglise ne peut donc être l'Eglise d'une race, d'une langue, d'une civilisation ou d'une nation. Notre Credo ne dit pas : nous croyons en l'Eglise nationale arménienne !
Notre Eglise, nous le savons tous, a aidé notre peuple à préserver sa foi, sa culture, ses traditions, tout ce qui constitue, en grande partie, son identité, tout ce qui nourrit en lui le sentiment d'appartenance à un peuple. Mais ce n'est pas une Eglise nationale dans le sens où elle aurait pour seul but de conserver la culture, l'histoire, la langue arméniennes, de jouer, en diaspora, le rôle de "Consulat d'Arménie", de siège des associations, de Maison du Peuple... L'Eglise n'est pas un club patriotique qui permet de s'acquitter de ses devoirs nationaux 9. Elle n'est pas le lieu retranché, isolé, où se rassemblent les traditionalistes, les nostalgiques du passé car si on est trop lié aux traditions, on ne vit pas l'avenir. L'Eglise a pour seul but de transmettre, grâce à l'Esprit-Saint, la foi à tous les hommes, aujourd'hui et jusqu'à la fin des temps !
Sans l'Esprit-Saint, l'Eglise ne serait qu'une quelconque institution humaine ; c'est l'Esprit qui l'anime, qui lui inspire audace et créativité. Ne laissons pas s'éteindre cet Esprit de nos communautés ! Sans Lui, nous serions des peureux, des paresseux, incapables d'aimer, sans raisons d'espérer 10.
Sans l'Esprit, les sacrements deviennent du ritualisme, des signes du vieil instinct religieux magique, la religion n'inspire plus que des théologies de la survie, de la résignation, l'Eglise devient malade, en proie au cléricalisme, à l'autoritarisme, au juridisme, à l'irresponsabilité...
Dieu nous accordera Son Esprit si nous le Lui demandons : la prière qui demande l'Esprit, est à son tour, inspirée par l'Esprit et devient en nous le Souffle de l'Esprit. "Gardez vos lampes allumées" (Lc 12,36) celles de la foi, celles de la prière. Sans la prière, l'Esprit éducateur nous manque ; c'est alors qu'on perd la notion du péché et qu'on vit dans les ténèbres : l'aveuglement spirituel existe ! Une théologie sans la prière est pur radotage. Une Eglise qui ne prie plus, n'est plus un foyer de lumière ; elle n'éclaire plus ; elle ne transmet plus...
Une Eglise vivante, par contre, doit répondre au besoin moderne d'un discours explicite sur la foi et Dieu, et cela, dans des structures ouvertes, avec des plans d'avenir ; c'est une Eglise dans laquelle tout baptisé se sent missionnaire dans sa famille d'abord, dans la vie du monde ensuite, afin de relever le défi porté par l'athéisme au monde entier.
Car nous ne sommes pas seulement des Arméniens exilés, dispersés... Nous sommes aussi des "chrétiens en diaspora", dispersés au milieu de contemporains qui ne pensent pas comme nous. Nous sommes tous "étrangers et voyageurs sur la terre" (Heb 11,13), à la recherche d'une "patrie meilleure, c'est-à-dire céleste". Depuis Abraham, le croyant vit un exode, la marche vers une Terre Promise. Notre peuple connaît la souffrance physique et morale de l'exode, qu'il subit avec la certitude que la croix a toujours engendré la résurrection !
Nous sommes "devenus lents à comprendre" (Heb 5,11) les voies de Dieu. Par notre manque de foi, nous sommes devenus cette terre qui ne mérite plus la bénédiction de Dieu, "mais celle qui porte des épines et des ronces, cette terre réprouvée et bien proche d'être maudite... Elle finira par être brûlée". (Heb 6,8). Il est encore temps si nous voulons redevenir une terre bénie, mais nous devons agir vite, en gardant confiance et espoir.
Saténig GOSTANIAN
Lyon, le 15 août 1989
Notes 1, 2, 3, 8, 9 : ces renvois font référence au livre : Mer Badarake (Notre Sacrifice [Messe]) écrit par Sa Sainteté Vasken 1er, en 1945 alors qu'il était évêque de Bucarest. Ce livre a été réédité en 1988 à Etchmiadzin. Nous avons pris connaissance du contenu de cet ouvrage après avoir rédigé cette étude. Ainsi, il y avait déjà en 1945, une conscience aiguë des problèmes ; 44 ans après, ceux-ci demeurent immuables...
1 La majorité des fidèles de notre Eglise, non seulement, ne lit pas les Saintes Ecritures, mais ne comprend pas ce qui se lit dans l'Eglise,... ne saisit pas le sens élémentaire des cérémonies.
2 Diffuser, expliquer l'évangile et rendre nos cérémonies liturgiques compréhensibles...
3 Nous constatons avec étonnement que, jusqu'à nos jours, il n'existe aucune publication qui présente la messe de manière simple et intelligible.
4 Exemples de participation : exposition biblique de Lyon, déc 1983 ; journées régionales de St Romain en Surieu en 1985, de Vienne en 1988.
5 Des cours de grabar et de spiritualité arménienne ont lieu à l'Institut Catholique de Lyon depuis 1987. Ils sont donnés par Mr K. Beledian. Le programme comprend l'étude des oeuvres de Machtots, Koriwn, Eznik de Kolb, Narekatsi, Chnorhali... Une chaire d'œcuménisme existe depuis 1964, à la Faculté de Théologie de Lyon ; des cours y sont donnés par des théologiens catholiques, protestants, orthodoxes. Cette année, pour la première fois, la Tradition arménienne y sera présente, aux sessions de novembre 1989 et février 1990 ; le sujet traité est le suivant : "Relations des Eglises arménienne et byzantine : identité et différences". En avril 1990, à l'Institut Catholique de Paris, le Père Renoux fera un cours sur : "L'intérêt des Sources arméniennes et géorgiennes pour l'étude de la liturgie".
6 C'est le Credo de Nicée-Constantinople, c'est-à-dire la profession de foi que l'Eglise a précisée au cours des Conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381) : c'est le Credo de tous les chrétiens.
7 Cf. Mgr Mutafian in "Jamanak", Istambul du 1/8/89 (p. 1 et 4).
8 L'Eglise n'a de secrets pour personne ; tous ses Mystères, ses rites, ses idées doivent appartenir à tous...
9 Certains viennent à l'église par tradition ; en quelque sorte par devoir national, pour se convaincre de leur arménité et la montrer aux autres.
10 "Sans l'Esprit Saint, Dieu est loin, le Christ reste dans le passé, l'Evangile est une lettre morte, l'Eglise, une simple organisation, l'autorité, une domination, la mission, une propagande, le culte, une évocation, et l'agir chrétien, une morale d'esclaves" (Patriarche Athénagoras).
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